Accéder au contenu principal

Abyssal - Novit enim Dominus qui sunt eius (2013)


Abyssal s'inscrit dans une double tendance tant formelle que conceptuelle. Formelle dans cette façon de gommer les individualités, les identités, la moindre empreinte est effacée. Anonymes - leurs noms ne sont pas livrés - et n'usant même pas d'initiales comme d'autres, les musiciens s'affichent qui plus est encapuchonnés, ce qu'ils ne sont du reste pas les premiers à faire. Sur eux, on ne sait à peu près rien, si ce n'est qu'ils sont Britanniques. Conceptuelle en cela que les trois côtés du triangle extrême, Death, Black et Doom, sont réunis, fusionnent en une seule figure étouffante et monstrueuse, ne conservant de ces trois éléments que leurs atours les plus noirs, les plus lourds. En toute logique, de ce creuset naît une musique d'une intensité extrême dans son expression, aussi malsaine que viciée. Tout d'abord auto-production qui circulait sur la toile via le Bandcamp du groupe, il n'a pas fallu longtemps pour que Novit Enim Dominus Qui Sunt Eius soit remarqué par Profound Lore dans le catalogue duquel, riche de macérations torturées, ce second méfait ne pouvait que prendre place entre les travaux d'Altar Of Plagues, Vasaeleth et surtout Portal. 

Du haut de ses soixante minutes au garrot d'une hallucinante densité, prétendre que venir à bout de cet album tient du supplice relève de l'euphémisme, rituel charbonneux d'une abominable noirceur aux allures de magma pétrifié et indivisible dont la présence de courtes pistes instrumentales n'entame même pas le caractère massif et unitaire. De "Forebode" à "The Last King", Novit Enim Dominus Qui Sunt Eius ne relâche jamais la pression, à aucun moment, plongée en bathyscaphe dans les profondeurs abyssales de la fosse des Mariannes, sans jamais remonter à la surface pour reprendre son souffle et voir la lumière enfin filtrer à travers cette masse compacte, vierge du moindre kyste mélodique, de la moindre trace de beauté même fugace Alliant la puissance occulte du Black Metal à la brutalité saturée du Death, Abyssal érige un monument cyclopéen tendu comme une hampe meurtrie par des stigmates mortifères. Ces racines, noueuses et épaisses, s'enfoncent profondément dans les arcanes d'un monde souterrain grouillant d'émanations humides. Vicieuses et gonflées d'un stupre malsain, les guitares tordues et polluées au goût de rouille creusent des conduits obscures, lacis de cavernes ténébreuses qui vous engourdissent avant de vous entraîner avec elles vers un inconnu démoniaque, sur un substrat rythmique étouffant. Le chant est maladif, hurlé. A sa manière, contractée et oppressante, Abyssal restitue la flamme impie de l'art noir originel. Hermétique à tout le moins mais effroyablement torturé. (17.08.2013 | MW) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...