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Heilung - Futha (2019)


Ceux pour qui le metal folklorique rime avec gigue champêtre ou élan héroïque peuvent passer leur chemin car Heilung ne noue en réalité aucun lien (ou si peu) avec les Finntroll, Eluveitie, Korpiklani et consorts. Si proximité il y a, c'est plutôt du côté du chamanisme de Wardruna et de la musique folk nordique qu'il faut la chercher. Inutile par conséquent de chercher du festif, du dansant, dans la partition sculptée par ce trio danois, vous en serez pour vos frais car celle-ci s'apparente davantage à un rituel ténébreux qu'à une sautillante farandole, comme l'illustraient déjà Ofnir et Lifa, publiés respectivement en 2015 et 2017. Mais, en exposant des lignes plus froides et effrayantes encore,  cette troisième cérémonie va encore plus loin que ses devancières en matière de noirceur martiale et de sonorités trippantes. Poussant les portes crépusculaires d'un univers hypnotique plus granitique que forestier, Futha gronde d'une dureté séculaire, taillée dans la roche, déroulant ses noueuses ramifications dans les arcanes de la terre directement jusqu'aux enfers. Long de plus d'une heure, l'album se révèle ardu à pénétrer, difficulté renforcée par une amorce oppressante que scandent chant masculin abyssal, rythmique tribale et chœurs féminins hantés, le tout durant dix bonnes minutes orageuses.


La nature narrative des lignes vocales, un canevas où alternent pulsations massives et respirations plus courtes ainsi qu'un dénouement aux atours expérimentaux ('Elivagar', 'Elddansurin'), participent de cette expression sévère sinon hermétique. Pourtant mélodies et beauté n'ont pas été mises en jachère et le charme opère très vite grâce à la magie de voix féminines ensorcelantes ('Norupo', 'Othan') et au fourmillement d'une instrumentation authentique néanmoins nourrie par moments d'une sève quasi électronique ('Traust'). De fait, malgré l'obscurité primitive qui le drape et le recours à toute une palette de bruitages comme échappés d'un film d'heroic fantasy ('Svanrand'), "Futha" distille tout du long une musicalité puissante. Ne pouvant être émietté, son menu ne s'en suit pas moins comme un récit guerrier au goût de fer et de sang. Après une première moitié fortement émotionnelle que domine la sensibilité de Maria Franz, l'album se prépare peu à peu au combat final. On consulte les augures, on convoque de mystérieuses divinités avant le terminal, 'Hamrer Hippyer', forteresse grandiose dont les remparts obsédants semblent répondre à ceux dressés par l'introductif 'Galgaldr'. Plongée dans la nuit des temps, dans les profondeurs d'un passé reculé, Futha est une œuvre aussi belle que caverneuse qui brille de lueurs martiales et hypnotiques. (11.08.2019 | MW) ⍖⍖⍖

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