Accéder au contenu principal

Citadel - Remember Your Past (2022)

Pour être totalement franc avec vous, le black metal symphonique n'a jamais été notre visage préféré de ce courant musical protéiforme. Ni Cradle Of Filth ni Dimmu Borgir, pour ne citer que les deux principaux noms auxquels ce sous-genre s'accroche dans l'inconscient collectif, n'ont jamais vraiment trouvé grâce à nos oreilles même si les Dusk And Her Embrace (pour les Anglais) ou Spiritual Black Dimensions (pour les Suédois) n'ont pas manqué de faire un saut sur nos platines à l'époque de leur sortie dans la seconde moitié des années 90, âge d'or de ce style d'une ténébreuse emphase. Bref, tout ça pour dire que lorsqu'un tardif héritier de cette mouvance désormais fortement datée vient frapper à nos pavillons, vous aurez compris que l'excitation n'est pas réellement de mise. Tel est donc le cas au départ de Citadel et de son galop d'essai Remember Your Past. Mais le groupe est français et comme en plus c'est Damien Luce, le boss de Cold Dark Matter qui nous sollicite pour chroniquer cet album qu'il publie en coproduction avec Duality Records, notre curiosité l'emporte sur la méfiance. Un coup d'œil sur les musiciens en présence, parmi lesquels nous identifions l'ex The Great Old Ones Jeff Grimal, qui assure chant, guitares et évidemment artwork, ainsi que Léo Isnard, lui aussi ex TGOO et batteur sur scène de We All Die (Laughing), ajoute à l'intérêt pour ce projet initié non par un de ceux-ci mais par un certain Meddy Beaufils Motte (guitares et claviers). 

La qualité de cet équipage commande bien sûr une offrande techniquement imparable, ce qui s'avère indispensable quand on se frotte au black sympho qui n'autorise ni approximation ni médiocrité à moins de s'enliser dans le ridicule. Ravivant la flamme sombre et abrasive de cet art noir des années 90 auquel il n'oublie pas d'inoculer une glaciale modernité, ce album séminal impressionne déjà par son effrontée maîtrise qui bourgeonne en premier lieu dans les pistes instrumentales qui en balisent le menu. Citons à ce titre la longue outro qui, loin de faire du remplissage comme c'est parfois le cas, se justifie pleinement par la richesse inquiétante de ses arrangements. Mention spéciale par ailleurs à l'immense 'Resurection', véritable périple qui étale près de sept minutes torrentueuses gravissant un relief aux multiples strates et ambiances. Foisonnement qui du reste bouillonne tout du long dans les arcanes cyclopéennes de cette offrande à laquelle il dicte sa puissance aussi immersive que démesurée. Ainsi 'Your Choice' avale tout l'espace environnant, déroulant ses tentaculaires ramifications cependant que 'The Road' galope à travers des paysages accidentés que tapissent des nappes de claviers enveloppantes. Mais l'autre grande force à mettre à l'actif de Citadel réside à la fois dans les nombreuses nuances dont se parent les lignes vocales en même temps que cette froide dureté jamais en jachère, témoin ce 'I See You' d'une fougueuse brutalité. Les Français signe avec Remember Your Past un premier jet prometteur en cela qu'il dépasse le cadre du simple black sympho dont il restitue fidèlement l'essence grouillante pour s'imposer comme un bel album de black metal tout court. (27.07.2022 | LHN) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...