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Svartthron - Bearer Of The Crimson Flame (2008)


Si autrefois l'apanage du son était entre les mains des principales puissances musicales (USA, Royaume-Uni, Allemagne...), désormais, grâce aux constants progrès de l'informatique n'importe quel misanthrope planqué au fin fond de sa cave peut cracher des albums à l'enrobage sonore tout à fait solide et à la chaîne s'il vous plait ! Prenez le cas de Svarthtron, quasi joujou du seul Tomhet, un lituanien qui, en l'espace de deux ans, vient de se délester de quatre opus ! Bien qu'il trahisse un net ralentissement de la cadence, Bearer Of The Crimson Flame témoigne par contre d'une qualité d'écriture et d'enregistrement de plus en plus convaincante. Mieux architecturés, les titres affichent des durées (un peu) moins longues que sur les premiers essais du projet monté en 2005 par le Tomhet qui le partage avec un chanteur. Corollaire de cette composition plus équilibrée, les volutes ambient qui se conjuguaient à un black metal à tendance true tendent à être gommées par des guitares qui heureusement ne se font pas trop bouffées par les claviers. Tout ça donne un bon disque baguenaudant dans les contrées d'un art noir mélancolique qui se déploient sur un relief accidenté ("Of Malignity Craven"). 


A ce titre, le visuel de la récente réédition, aux teintes grises et lugubres, lui sied davantage que celui d'origine qui louchait plutôt vers des paysages plus vikings. Si Svartthron aime parfois à foncer pied au plancher, on le préfère lorsqu'il serre le frein à main, pour ériger un kaléidoscope d'ambiances sinistres, dont le pinceaux sont ces riffs envoûtants, non dépourvus d'une certaine forme de majesté ("Ethereal Murder (In Quiescence)" notamment). Dommage que le chant de gargouilles ne soit pas plus personnel car la plastique musical se veut des plus intéressantes, comme l'illustrent les douloureux "Bearer Of The Crimson Flame", guidé par des guitares d'où ruissèlent une belle vermine suicidaire, "Doth Memory Betray ?", lancinante dérive vers des méandres boueuses ou bien encore "Dreams In Ashes", plage (presque) instrumentale et seul vrai titre à arborer les stigmates d'un passé plus ambient. Reste cependant que ces longues respirations hypnotiques nous manquent un peu au final. Elles permettaient en outre de singulariser Svartthron de toutes ces hordes barbotant dans la même flaque. Les Lituaniens ont donc gagné en maîtrise et en professionnalisme ce qu'ils ont perdu en identité. Tant pis. Cela n'enlève rien à la qualité réelle de série B (avec le charme qui va avec) de ce Bearer Of The Crimson Flame. (2009) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...