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Angst Skvadron - Flukt (2008)


La police ornant la pochette façon "âge de pierre de l’informatique" nous renseigne déjà quant au contenu de ce premier essai de Angst Skvadron, patronyme étrange pour la catharsis de T.B. aka Trondr Nefas, activiste bien connu dans l’underground norvégien pour sa participation au malfaisant Urgehal (parmi beaucoup d’autres !) : les années 70 ne sont pas loin. Amis des sonorités accrochées à cette époque à laquelle les groupes ne cessent de rendre hommage, ce disque est pour vous. En effet, sur un substrat clairement black metal, qui n’est d’ailleurs parfois pas sans évoquer les derniers assauts de Satyricon ("Slaves Of Mental Distorsion") viennent proliférer un fourmillement d’effluves seventies, dont le vecteur est notamment le recours aux synthétiseurs Moog.



La relecture (non créditée) démoniaque du "Scorpio’s Theme" que composa Lalo Schifrin pour la BO du premier Inspecteur Harry avec Clint Eastwood, participe en outre de cette référence évidente. Cette reprise, en plus rapide encore, baptisée "The Astroid Haemorhoids And The Drunken Sailor", justifie à elle seule l’achat de cet album qui, en dépit de sa courte durée (à peine une trentaine de minutes pour six titres encadrés par une intro et une outro), s’avère être une vraie pépite, baignant dans un climat souvent aux confins de l’étrange et de la SF. A sa façon, Angst Skvadron, avec un grand dépouillement, parvient à créer des atmosphères stellaires irréelles, d’où émerge une présence extraterrestre bien palpable. Psychédélique et lancinant certes, Flukt a cependant toute sa place dans le genre auquel il est rattaché. Les guitares, grésillantes comme il se doit (comme sur le monumental "Negativitetens Kveletak", que viennent éclairer aussi quelques voix féminines discrètes) et le chant rapeux témoignent notamment de l’ancrage au metal Noir, quand bien même les fans de Urgehal risquent de pas y retrouver leurs petits à cornes. Admirateur de Yes, Pink Floyd, Black Sabbath ou bien encore Lynyrd Skynyrd, T.B. veut utiliser ce vaisseau solitaire, dont l’origine remonte vers 2004, pour épancher sa soif d’aventures musicales. Mais l’homme, sujet aux dépressions, y voit aussi un moyen, par le biais de textes très personnels, de se libérer de ces pensées noires et malsaines. Flukt est donc un opus surprenant en bien des points, qui s’adresse de fait surtout aux plus ouverts d’entre vous. Ceux-ci s’embarqueront avec un plaisir non feint dans cette soucoupe volante pour un voyage dont on espère qu’il fera dans le futur d’autres escales. (2009 | MW) ⍖⍖⍖⍖


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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...