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Urna - Iter Ad Lucem (2009)


Hasard du calendrier, les nouvelles offrandes de Urna, Arcana Coelestia et de Abstentia Lunae, les trois projets auxquels M.Z. participe, se retrouvent en même temps dans les bacs. Cet embouteillage n'aidera pas à singulariser les deux premiers, soit les deux faces d'une seule et même pièce sinistre. L'intéressé s'en défend. Il n'empêche que Urna et Arcana Coelestia partagent plus d'un lien en commun. Tous les deux s'enfoncent dans les marécages d'un funeral doom nébuleux. On lui accordera cependant que le second affiche peut-être des oripeaux plus black metal que le premier. Après trois ans d'absence, Urna offre donc enfin un successeur à Sepulcral. Iter Ad Lucem témoigne encore une fois que le genre est très subjectif et est avant tout une question de vécu, de sensibilité plutôt que de raison. En outre, il illustre que le funeral black doom metal, en devenant à la mode, est une chapelle qui commence à se normaliser et à ne plus surprendre grand monde. Et ce qui irradiait jadis une vertigineuse beauté tend à ne plus que renvoyer un halo pale que guettent le piège de la banalité et celui, plus grave, de l'ennui voire de l'indifférence. Tout excellent qu'il soit, Iter Ad Lucem ne peut toutefois masquer les limites d'un genre qui semble avoir tout dit. De fait, cet essai n'apporte rien de plus et se contente de braconner, avec une réussite certaine il est vrai, sur les terres du Esoteric dernière période, la dimension métaphysique en moins toutefois. 

Ceci étant dit, les amateurs se laisseront encore - à raison - s'abîmer avec une délectation masochiste dans ce maelström oppressant qui sait toujours, en n'étirant jamais ces plaintes sur une durée interminable, éviter de sombrer dans l'écueil grevant tant de formations du même style. Ces six pistes érigent pourtant un monolithe écrasant, dont les contours flous, opaques, se délitent dans une brume funéraire. Tentaculaires, les guitares vous entraînent dans un cauchemar sonore étouffant. Lointain, fantomatique, le chant résonne comme un écho venu du fond des âges ; il n'est qu'un élément parmi d'autres perdus dans ce magma hanté. Il y a quelque chose d'intangible, d'insaisissable, d'immatériel presque, dans cette musique venue des limbes. On ne parvient jamais à la saisir, à l'attraper. Quand on croit le faire, elle nous échappe au dernier moment... Détailler chacune de ces plages apparaît absurde, car elles forment les différents, bien que complémentaires, côté d'un tout qui respecte les saintes écritures : tempo lancinant, atmosphères suicidaires des grands jours d'enterrement, beauté noire et froide comme une pierre tombale, riffs chargés d'une solennité... Urna sait pourtant, comme il le fait sur "Sefira Malkuth", accélérer le rythme, sans que cela puisse tout de même passer pour de grindcore ! Le cahier des charges est respecté à la lettre. On peut s'en désoler comme on peut encore se laisser prendre au piège. Pour ma part, je préfère opter pour la seconde solution car Iter Ad Lucem, s'il n'invente rien, s'impose pourtant comme une leçon dans le genre quand bien même Urna reste toujours dans le domaine des suiveurs. De la bonne série B, quoi. (2009) ⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...