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Helrunar - Grátr (2003 / 2009)


Bien qu'elle n'ait été en 2003 éditée qu'à 500 exemplaires, cette première démo de Helrunar est considérée par beaucoup de fans comme la meilleure création de ses auteurs. A tort ou à raison. Force est de reconnaître toutefois que les Allemands y témoignent déjà d'une incontestable maîtrise quand bien même, ils se cherchent encore, oeuvre de jeunesse oblige. Surtout, le groupe y fait preuve d'une réelle personnalité qui ne demande qu'à s'extraire de sa gangue. Avec Gratr, Helrunar forge par le biais de titres denses et ramassés, épiques sans être trop longs, un black metal épique et païen, noir parfois (le terrible "Seelenwinter") et souvent furieux, qui vibre de riffs abrasifs. "Raune Mit Der Tiefe", dont le tempo rapide est néanmoins entrecoupé de passages plus atmosphériques ou le déchaîné "Ich Bin Die Leere", épopée qui dévaste tout en chemin, illustrent bien cette intensité fielleuse, cette dureté âpre et minérale, qui est souvent la marque de fabrique des formations d'Outre-Rhin. Les choeurs viking et majestueux flirtent certes parfois avec les clichés mais ils sont un invariant propre à ce genre. 


Puissant, froid et mélodique, le black metal de ce qui est alors un trio sait aussi se calmer le temps d'une respiration salvatrice. Helrunar réussit de fait particulièrement ces pauses acoustiques, empreintes de tristesse ("Der Fährtensucher" et "Kvasirs Blut" qui ouvrent et ferment respectivement l'écoute, ainsi que le court instrumental "Hornung", d'une grande sobriété), comme il s'y entend pour ouvrir en plein milieu du champ de bataille des espaces plein de majesté et de beauté, atteignant alors des sommets ensanglantés, à l'image du long et gigantesque "Gratr", propulsé par des guitares obsédantes qui labourent le cerveau. De même, "Das Heilige Feuer" est traversé par le souffle grandiose des forêts éternelles. Les Allemands savent que le vrai pagan metal ne se conjugue pas avec des pipeaux et des peaux de bête du dimanche louées au magasin de farces et attrapes du coin de la rue mais qu'au contraire il doit être implacable, chargé d'un goût de sang et de fer et se draper dans un costume guerrier et organique, ce qui ne l'empêche jamais de sécréter une certaine forme de mélancolie et d'exalter les forces de la nature dans ce qu'elle a de plus noble. Cette démo fixe pour longtemps l'univers de ses géniteurs qui sauront cependant par la suite, avec notamment Baldr Ok Kiss, lui conférer davantage de finesse tout en conservant cette sécheresse brute. Un grand merci donc à Prophecy Records via sa sous-division Lupus Lounge pour cette excellente initiative archéologique, enrichie qui plus est pour les premiers exemplaires d'un morceau supplémentaire :  "Hauch Wird Sturm", qui apparaissait sur le split que les Teutons ont partagé avec Nachtmahr en 2005. (2009) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...