SLOW est un des nombreux projets de Déhà, chateur, mutlti-instrumentiste et producteur incontournable dont la logorrhée créatrice ne cesse encore aujourd’hui de nous surprendre tant par sa quantité que sa qualité toujours mise et ce, quelque soit le genre qu’il décide de s’approprier, black, doom, ambient et bien d’autres encore, parfois même étonnants. Difficile à suivre, son œuvre est épaisse comme le Bottin. Alors qu’il lui avait inspiré pas moins de huit offrandes en une dizaine d’années, SLOW demeurait silencieux depuis Dantalion en 2019. C’est donc non sans une excitation évidente que nous accueillons enfin aujourd’hui un nouvel album de cette entité au départ solitaire puis devenue le fruit d’un duo avec Lore Boeykens. Ce changement s’est également accompagné d’une certaine évolution en terme de style cultivé, le drone ambient des débuts ayant peu à peu muté en un doon funéraire en parfaite adéquation avec le nom du groupe. Si, pour ce dernier, il ouvre sans aucun doute un nouveau chapitre, comme le suggère son titre qui appelle une ou plusieurs suites, Abîmes I couronne surtout cette lente maturation vers une expression de plus en plus blafarde. Et de plus en plus émotionnelle à bien des égards. Shape Of Despair, Evoken ou Comatose Vigil sont évoqués à son sujet, ce qui est parfaitement justifié tant ce neuvième opus (en comptant la version instrumentale de Mythologiae) s’abîme dans les méandres brumeux d’un funeral doom spectral.
Mieux, osons même l’affirmer : à l’heure où les formations sus-citées ont perdu de leur superbe ou sombré dans la tombe, SLOW s’impose avec ce Golgotha vaporeux parmi les héritiers les plus inspirés de cette chapelle doloriste qui a livré ses psaumes matriciels il y a longtemps désormais. Abîmes I égrène ainsi tout ce pourquoi le funeral doom demeure une des musiques les plus belles et dramatiques : déchirantes vocalises d’outre-tombe, tempo immobile, nappes fantomatiques aux allures de brouillard sinistre et ambiances glaciales. Tout y est, au point de croire qu’il a été capturé au bord d’un lac septentrional ou au milieu de steppes sibériennes. Déhà et Lore ont parfait saisi ce qui fait la puissance d’évocation de ce doom mortuaire et néanmoins poétique. Quatre plaintes composent ce retable monumental mais, clôturées par des frontières floues pour ne pas dire opaques, elles ne forment en vérité que les étapes successives d’une agonisante plongée dans les arcanes de la terre, descente inexorable qui culmine lors du terminal ‘Collapse’, où la beauté se confond avec le désespoir le plus bouleversant. Comment ne pas être foudroyé sur place par ces guitares belles à pleurer et ce chant qui gronde comme si demain ne devait plus jamais exister. Abîmes I oblige une immersion totale et surtout pas émiettée, tertre imbibé d’un éther d’atmosphères enveloppantes. Il y a là quelque chose de presque insaisissable qui touche à l’âme, au vécu et tout simplement à l’intime. De fait, cet album évoque autant des paysages désolés, figés par l’hiver qu’une solitude contrite. Il sonne comme une invite au recueillement, tragique mais superbe. L’attente sera longue jusqu’au successeur de cet Abîmes qui fera date dans l’histoire du funeral doom. (25.11.2023) ⍖⍖⍖


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