Accéder au contenu principal

Leif Edling - Songs Of Torment, Songs Of Joy (2008)


Le hasard du calendrier a voulu que cette première escapade de Leif Edling sous son propre nom atterrisse dans les bacs en même temps que le nouvelle offrande de Candlemass. Pourquoi le bassiste qui compose la quasi intégralité du répertoire de son principal port d'attache ressent-il quand même le besoin de graver un disque solo, d'autant plus qu'il peut compter également sur Krux pour assouvir son inspiration ? La réponse saute aux oreilles. Bien entendu, Songs Of Torment, Songs Of Joy transpire le Leif Edling par toutes les notes, album pour lequel le lascar s'occupe de la basse (forcément), de certaines parties de guitares et plus étonnant, du chant. On reconnaît immédiatement cette écriture, ce goût pour les ambiances sombres, presque lugubres parfois, pour ces riffs entendus mille fois auparavant et pourtant toujours aussi efficaces et pour les titres des chansons ("Nautilus"...). On identifie aussi tout de suite cette façon de poser les voix, marque de fabrique du Suédois que ce soit avec Candlemass ou bien Krux. On ne saurait de fait nier les similitudes avec les deux autres jouets du musicien, davantage d'ailleurs avec le second qu'avec le premier.


Ceci étant dit, les huit pistes qui forment la trame de cet album affichent des couleurs bien plus progressives que ce à quoi Edling nous a habitué jusqu'à présent, emprunts qui doivent beaucoup à la présence déterminante de nappes de claviers (tenus par son pote Carl Westholm) qui font bien plus que souligner les atmosphères ("Space Killer"). Ce son d'orgue hanté qui drape le nocturne "On The Edge Of Time" semble tout droit échappé d'un vieux King Crimson. Et ne parlons même pas du monumental "Nautilus", nanti d'un final jouissif à en tomber par terre, longue épopée instrumentale qui achève la marche et sur laquelle plane l'ombre du Pink Floyd du début des années 70 (le meilleur !). On pense ainsi au matriciel Meddle et à "Echoes" en particulier. En définitive et s'ils restent du pur doom metal ("The Scar", "My Black Birthday"...), ces morceaux n'auraient pas forcément pu immiscer sur un disque de Candlemass ou de Krux. Le court instrumental un peu barré "Butterfly" est une bizarrerie que seule une oeuvre onanique peut héberger. Les lignes vocales, malsaines et vicieuses de Leif - celui-ci sans être un grand chanteur, s'en sort très bien - illustrent aussi ce fait. Songs Of Torment, Songs Of Joy a donc toute sa raison d'être. Mieux, il confirme, si besoin en était encore, quel grand artiste est décidément et incontestablement Leif Edling. Sans atteindre le degré d'excellence du "Death Magic Doom" de Candlemass, cet opus est un sans-faute qui mérite mieux que sa sortie à la sauvette sans grande promotion... (2009 | MW) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...