Accéder au contenu principal

Old Silver Key - Tales Of Wanderings (2011)


On les entend déjà les jamais contents, les grincheux qui ne manqueront pas de pester contre Roman Saenko, auquel ils ne reconnaissent pas le droit de vouloir évoluer ni de vouloir s'associer avec qui il veut. Depuis le sabordage du regretté Hate Forest, nombreux considèrent - à tort - que l'Ukrainien a perdu une bonne part de sa puissance créatrice et de son génie ; inspiration en berne à peine redressée par Handful Of Stars et Sun In The House Of The Scorpion, les dernières offrandes respectives de Drudkh et de Blood Of Kingu, pourtant largement supérieures à Microcosmos pour le premier et De Occulta Philisophia pour le second, deux opus à posteriori plutôt décevants. Et ce n'est certainement pas ce Old Silver Key, nouveau projet qui agglomère au line-up actuel de Drudkh (soit outre Saenko, Thurios, Krechet et Vlad), la voix fragile de Neige (puisque c'est de lui qu'il s'agit), musicien admiré par certains pour son travail avec Amesoeurs, Peste Noire (dont il ne fut qu'un accessoire) ou Lantlôs, mais aussi moqué par beaucoup d'autres, qui devrait redonner confiances aux Ayatollahs (forcément) bas du front, et ce, d'autant plus que c'est ici le (post) rock atmosphérique qui inspire cette équipe, loin du Black Metal duquel tous les acteurs en présence sont néanmoins issus. Annoncée d'une manière un peu facile comme l'addition de Drudkh + Alcest, Tales Of Wanderings se révèle pourtant encore une fois un très grand cru, certes à des années-lumière de la fureur primitive d'un Hate Forest jamais remplacé mais effectivement pas si éloigné que cela de Handful Of Stars, déjà porteur de teintes quasi post rock. De fait, ce galop d'essai s'inscrit clairement dans le sillage des derniers travaux des Ukrainiens sous cette bannière pagan et atmosphérique où le chant écorché de Thurios aurait été remplacé par celui, plus doucereux de Neige, lequel, bien que n'ayant pas participé au processus de composition, se contentant de poser sa voix sur le bandes qui lui ont été envoyées, étale son talent, qui n'est parfois pas sans évoquer les harmonies vocales d'un Steven Wilson lors des moments les plus intimistes de Porcupine Tree, à l'image de la superbe pièce finale "About Which An Old House Dreams". Il serait d'ailleurs intéressant de savoir si les travaux du Britannique ont réellement influencé Saenko, ce que nous ne saurons sans doute jamais, l'homme ne donnant aucune interview, ce qui est tout on son honneur. 

Proche donc des derniers Drudkh, pour ces guitares obsédantes ("Burnt Letters"), ces ambiances mélancoliques et le jeu de batterie de Vlad, dont on découvre qu'il est également un claviériste inspiré, Tales Of Wanderings est un album assez court, fidèle en cela au standard de Saenko, peu réputé pour remplir ses disques jusqu'à la gueule, réunissant sept titres, dont un instrumental en guise de prologue. S'il s'abreuve à la source du Post Rock intimiste (le squelettique "Cold Spring"), le background de ses différents auteurs fait parfois plus qu'affleurer à la surface d'une musique plus hivernale et guidée par des riffs grésillants et secs d'ordinaires absents d'un genre dont il est beaucoup plus qu'une simple resucée. Les quelques accélérations ("Nineteen Winters Far Away From Home") participent aussi de ces racines Black que le groupe n'a pas totalement cherché à gommer, aboutissant à un opus d'une grande et austère beauté qui pourra tout d'abord laisser une impression de réchauffé, mais qui, les écoutes aidant, finit par dévoiler ses trésors. Les arrangements sont magnifiques, de même que le chant émotionnel du Français, toujours juste et tavellé d'une fébrilité touchante ("November Night s Insomnia") et puis il y a la patte de Roman Saenko, inimitable et capable de sauver n'importe quel album et cette façon qu'il a de construire, toujours avec l'aide de Thurios, fidèle compagnon depuis Hate Forest, des compositions à la fois simples et habitées d'une âme empreinte d'une tristesse infinie. Dépassant le cadre de la simple addition artistique promotionnelle, Tales Of Wanderings ne dépareille absolument pas dans la carrière des Ukrainiens, poursuivant l'évolution entamée par Microcosmos et plus encore Handul Of Stars alors même que le prochain Drudkh est annoncé comme un retour aux sources, manière peut-être de rééquilibrer l'inspiration de Saenko vers le côté obscur de la force... (07.10.2011 | MW) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...