Accéder au contenu principal

Altar Of Plagues - White Tomb (2009)


Un paysage sombre, dévasté, terminal. Tel est le spectacle posé tout d'abord par des guitares ferrugineuses qui plantent leur manche épais dans un gravier noir et visqueux. Puis brutalement, c'est l'apocalypse, le rythme s'emballe, monte en puissance avec l'arrivée d'une batterie tellurique et celle d'un chant plus proche du sludge que du black metal selon les versets des Ayatollahs du genre. Les atmosphères, miroir d'une inéluctabilité définitive, sont toujours là ; elles poissent la musique plus qu'elles ne l'enveloppent. Tel est "Earth", première face de White Tomb, pièce longue durée inaugurale de Altar Of Plagues après deux EP cauchemardesques et auto-produits (Through The Cracks Of The Earth et Sol). Deux pans donc, chacun coupé en deux. Arrimés à l'art noir, ces Irlandais gravent dans le granite des cris déchainés qui échappent en fait à ce corset. Il y a ce sens du riffing qui doit davantage au post rock ("Gentian Truth") , voire au doom US, pour témoigner de la singularité d'un projet pour lequel le black metal n'est qu'un terreau lui permettant de nourrir un organisme monstrueux et tentaculaire. Il y a cette âpreté qui doit tout au cadre géographique qui a vu naître le groupe : l'Irlande, battue par la pluie, terres tourmentées que l'histoire a ensanglanté dans un linceul de révolte.


Gris, minéral et épidermique. White Tomb est un concentré de vibrations noires et négatives qui se répandent à la surface d'une musique intense et survoltée. Le groupe prend son temps (à eux deux, "Earth" et "Through The Collapse" voisinent avec les cinquante minutes), empile des strates de riffs que fissurent parfois des instants suspendus, mortifères où rien ne semble se passer. Juste un souffle. Mais même chez Altar Of Plagues, ces minutes sentencieuses ou presque silencieuses (comme lors des dernières mesures de "As A Furnace") prennent un sens car elles donnent du relief à ce qui les encadre. Souvent le chant, écorchés, haineux, scandent des imprécations qui résonnent tel un écho mortifère. Sa position en retrait confère à l'ensemble un caractère instrumental évident. Si "Earth" parcourt une étendue gangrené par la lèpre urbaine et prolifératrice, que dire de "Through The Collapse" dont "Watchers Restrained" fore plus encore la croûte d'une vermine sonore aux confins d'un doomcore suffocant. Le tempo s'est gavé de somnifères cependant que la batterie martèle des coups de boutoir lancinants sous l'oeil vicieux de hurlements possédés, hystériques. Dès lors parler de black metal est presque absurde. White Tomb est comme un magma grésillant où fusionnent tous les éléments que les Irlandais s'injectent dans le sang. Ici, qu'importe l'étiquette, c'est le sentiment de décrépitude absolue qui doit primer. Moments de haine féroce et excavations funéraires copulent tout du long d'une colonne vertébrale en forme de cercle (le disque s'achève sur des notes grêles presque identiques à celle qui l'ouvrent) qui s'enracine dans un marécage de fer et de soufre. Avec White Tomb, Altar Of Plagues confirme tous les espoirs de ses premières saignées avaient fait naître. Un groupe prometteur à suivre de très près. (2009 | MW) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...