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The Dues - Ghosts Of The Past (2019)


Habillé d'une pochette aussi réussie qu'intrigante, Ghosts Of The Past abrite un blues rock qui semble s'être échappé d'une faille temporelle, comme une relique oubliée que viendraient de déterrer des archéologues. Mais une datation au carbone 14 indique pourtant un enregistrement en 2019 et non pas quatre (voire) cinq décennies en arrière ! En fait, The Dues compte parmi ces jeunes pousses biberonnés au rock antédiluvien qui, plutôt que de vivre dans leur temps, préfèrent voyager à travers celui-ci justement. Nous les comprenons aisément. Des sixties et des seventies, ces trois Suisses retiennent une énergie teigneuse ('Sails of Misery') et une simplicité qui font mouche tout du long de cette troisième galette survenant trois ans après Thief Of The Time et deux après le remarqué Time Machine. Toujours cette histoire de temps. Anachronique peut-être, nostalgique sans aucun doute, The Dues se fait avant tout plaisir, le groove chevillé au corps.


Sa forme dénudée de power trio mâtiné de jam band façon Cream ou Mountain, lui assure une accroche authentique sans afféterie. Il en résulte une poignée de chansons courtes pour la plupart, exception (bien) faite du terminal 'Ley Lines' qui étale presque sept minutes aventureuses dont la guitare aérienne tutoie des cieux progressifs dans une brèche gorgée de feeling, avant une conclusion qui renoue avec le ton bagarreur qui secoue l'ensemble de l'album. Remuant, le menu de "Ghost Of The Past" transpire d'une vitalité contagieuse dont une rythmique gourmande ouvre les vannes avec largesse cependant que la six-cordes du chanteur Pablo Jucker dégouline de wah-wah et autres effets enfumés ('Something For My Mind'), pilotant ces pistes vitaminées, parfois grassouillettes pour ne pas dire heavy ('Under The Sea', 'Love') mais le plus souvent endiablées ('Elements Of Doubt', 'La Realidad'). Sans être indispensable car quelque peu paralysé par un chant un peu juste dans un registre qui n'est pas sans évoquer le rocailleux Leslie West, Ghosts Of The Past n'en demeure pas moins une cuvée rafraîchissante dont la modestie est appréciable. The Dues honore comme toujours les fantômes du passé, sans prise de tête mais avec une énergie aussi communicative que salvatrice. (12.04.2020) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...