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Moss - Sub Templum (2008)


Forer plus profondément dans la couche terrestre relevait de toute façon de l’impossible. Aller plus loin, faire pire et plus extrême (et donc meilleur !) : aussi. De fait, dès sa première excavation longue durée, l’indescriptible Cthonic Rites, Moss avait déjà atteint des limites au-delà desquelles il n’y a plus rien d’humain. Son successeur, Sub Templum ne peut donc que faire machine arrière, ce qui ne veut pas dire que les Anglais aient accoucher d’un disque de pop. Au contraire, sur l’échelle Richter de l’insupportable pour les oreilles de 99.9 % de la population, cet opus a toutes les chances de faire péter les indicateurs. Seulement voilà, avec ces quatre complaintes, dont la dernière dépasse tout de même la demie heure, il sonne presque accessible ( !) en comparaison de son grand frère, ce qui ne retire rien à ses qualités. Toujours sous le double patronage infernal de Lee Dorrian (pour Rise Above) et de Jus Oborn, gourou de Electric Wizard (pour la production, si tant est que l’on puisse réellement parler à son endroit de production !), Moss s’abîme plus d’une heure durant dans les arcanes d’une folie hallucinogène et ténébreuse. 


Passé « Ritus », une intro presque « normale » sur fond d’orgue Hammond seventies, « Subterraen » constitue la première marche vers ces Fosses Marianne du doom. Ca s’enfonce aussi vite qu’une limace baveuse qui a absorbé du valium par boîte de douze tandis que le chant possédé et incantatoire d’Olly Pearson est la funeste vigie nous guidant dans cette mine sans fin, que des cloches aux allures de glas sonnant comme un appel, celui de notre propre mort, accompagnent dans cette descente pétrifiée aux allures de messe noire. C’est tellement lent, tellement suffocant, qu’arriver au bout tient presque de l’exploit. Et le pire est à venir, avec « Gate III : Devils From The Outer Dark », marche funèbre agonisante dont on l’impression qu’elle ne va nulle part et ne s’achèvera jamais. Inspiré du cinéma de genre (le meilleur !), celui de la Hammer, de Roger Corman, de Jesus Franco, Sub Templum ressemble pourtant surtout à la bande son de Lovecraft, de ses Montagnes hallucinées, de son univers démentiel. Cependant, en dépit de son jusqu’auboutisme toujours absolu et nauséeux, Moss n’est cette fois-ci pas loin de rentrer dans le rang et on peut légitimement s’interroger sur la capacité future du groupe à se renouveler. Cthonic Rites était une manière d’impasse, on s’en rend compte maintenant. Pour autant, Sub Templum, s’il ne va (forcément) pas aussi loin, annihile toute concurrence en matière de funeral doom extrême. (02/11/08) ⍖⍖⍖

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