Accéder au contenu principal

Obscurae - To Walk A Path Of Sorrows (2021)


Chad Davis fait partie de ces stakhanovistes frénétiques qui ne peuvent se contenter d'un seul trou à remplir. L'homme n'est pas sectaire, butinant aussi bien le black metal (Anu), le death mâtiné de crust (Stench Of Evil) et surtout le doom, genre auquel son nom demeure avant tout associé, pour Hour Of 13, longtemps hydre à deux têtes qu'il partageait avec Phil Swanson, ou The Sabbathian où il se frotte au chant féminin de la Norvégienne Anette Uvaas Gulbrandsen. Et on fera l'économie de ses nombreux autres projets, passés ou actifs. Tous partagent cependant une même approche authentique et plutôt crue.  Quelle ne fut donc pas notre surprise de le retrouver aux commandes de Obscurae, créature fouillant la nuit et les démons qui l'accompagnent. Non pas que l'art noir, comme nous l'avons rappelé, effraie l'Américain mais l'expression métronomique retenue par le duo qu'il forme avec le bassiste Matt Davis (un membre de sa famille sans doute) n'en étonne pas moins de sa part tant on peine à l'imaginer en train de braconner sur les terres plus synthétiques qu'atmosphériques des Paysage d'Hiver, Darkspace et autre Brouillard. Batterie programmée qui martèle un tempo torrentiel, borborygmes inaudibles qui franchissent péniblement la forteresse nocturne érigée par des instruments à l'unisson d'un blizzard désincarné, signent le style développé par Obscurae. Quatre ans après le séminal Ensomhet et trois après A Pact Forged In Night And Death, un split cimenté avec Fireström, le tandem enfante To Walk A Path Of Sorrows que l'inestimable Sentient Ruins Laboratories édite en format en cassette. 


Sa défloration nous permettra de juger si Chad Davis se montre aussi à son avantage dans ce créneau que dans le doom. Sa pénétration laisse tout d'abord dans la bouche une impression mitigée, masse opaque aux contours flous dont on s'efforce d'en capter des détails. En vain, tellement l'écoute nous emporte dans une cascade répétitive et assommante. Le fait que l'album semble avoir été gravé dans une caisse de résonance dérivant dans l'espace participe de cette sensation d'avoir à faire à un amas aussi compact que brumeux. Pourtant, peu à peu, To Walk a Path Of Sorrows finit par dévoiler sa souche intime. Les nappes ténébreuses ruisselant de ces plaintes immersives nous y aident, sinistre suaire imbibé dans un éther nocturne. Après une amorce hantée du plus lugubre et hivernal effet, 'Upon The Shadowthrone Of Night' pilonne durant plus de huit minutes ce black metal enveloppant au pouls saccadé qui esquisse des paysages neigeux et crépusculaires. Si on ne retient finalement pas grand chose de 'Amidst The Blackfrost Towers', 'Into Fullmoon Descent' et 'Eerie Freezing Winds' savent eux aussi capter cette poésie obscure et glaciale, évoquant tour à tour les morsures gelés de la nuit ou la silhouette de châteaux avalés par un brouillard hivernal. Seul le sentiment d'écouter toujours le même titre tempère quelque peu le pouvoir de fascination de cette seconde offrande.  Alors que nous ne l'attendions pas dans ce registre syncopé et bourgeonnant, Chad Davis offre cependant avec To Walk A Path Of Sorrows une oeuvre puissamment évocatrice dont le caractère volontairement répétitif, loin d'en sucer le jus frissonnant, confine à une forme de transe pulsative. (18.04.2021 | LHN) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...