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Elia Kazan - Les visiteurs (1972)


Le cinéma d'Elia Kazan ne m'a jamais vraiment intéressé. J'ai toujours trouvé ennuyeux Un tramway nommé désir, Sur les quais ou A l'est d'Eden. Seuls Panique dans la rue et L'arrangement m'ont marqué. Ce qui explique pourquoi j'ai tardé à découvrir Les visiteurs, son avant-dernier film.  Si le fond porte les obsessions du réalisateur, la forme est plus étonnante. Au début des années 70, alors qu'il ne trouve pas le financement pour le mettre en boîte, Kazan se lance dans ce projet à petit budget, filmant en super 16, dans sa propre maison avec une équipe réduite (quelques techniciens et cinq comédiens) cette histoire écrite par son fils Chris, intimiste et brutale où deux anciens soldats débarquent chez celui qui les a dénoncés après qu'ils aient commis le viol et le meurtre d'une jeune femme lors de la guerre du Vietnam, pour lui régler son compte. Mais leurs motivations ne sont jamais réellement dévoilées. De là, l'ambiance pesante que ce huis clos installe chargé d'une sourde tension sexuelle qui explose de lors de l'agression de Martha. 

Une relation trouble se met en place entre les deux visiteurs et le grand-père, vieil alcoolique revanchard et raciste qui se prend d'affection pour eux, lui qui méprise son gendre, campé par un James Woods débutant. Froide et épurée jusqu'à l'ascétisme, l'oeuvre évite tout manichéisme. C'est la guerre qui a fait de Mike et Tony ce qu'ils sont devenus tandis que l'on peut trouver faible Bill qui fit preuve de lâcheté en les laissant commettre leur crime. En 1972, il est sans doute le premier film à témoigner des traumatismes de la guerre du Vietnam et du retour difficile de ses soldats. Ce sujet permet à Kazan de brasser ses thèmes récurrents tels que la délation et la culpabilité à travers l'affrontement de protagonistes tourmentés. Par sa dureté glaçante et son absence de happy end, bien loin des standards hollywoodiens, le film s'inscrit dans la mouvance des Chiens de paille, Délivrance ou Orange mécanique, tous réalisés à la même époque. (24/03/2018) ⍖⍖⍖⍖





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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...