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Starer - The What It Is To Be (2022)


Inconnu en dehors de sa cage d'escalier, Josh Hines fait partie de ces musiciens, solitaires le plus souvent, qui ne peuvent se contenter d'un seul projet à besogner. La liste des groupes auxquels l'Américain a collaboré ou qu'il a animés, parfois de façon très éphémère, est épaisse comme le Bottin. Aujourd'hui, parmi la dizaine qui l'occupe, trois s'en détachent : Bihargam dans une veine purement black metal, Chest Rockwell qui braconne sur des terres progressives et enfin Starer qui nous intéresse présentement. Ce dernier est sans doute celui qui lui est le plus personnel. Seul, il en assure tous les instruments ainsi que l'enregistrement et les artworks. Cette nature esseulée commande un art noir forcément moins organique, d'obédience plus atmosphérique. Plus sirupeuse aussi, du fait de la mainmise des claviers sur un ensemble coloré d'une mélancolie automnale. The What It Is To Be est la seconde offrande de l'Américain sous cette bannière. Toutefois, contrairement à 18° Below The Horizon (2021) qui ravinait les boyaux d'un black raw et plutôt dépressif, son successeur suit un chemin différent. Non pas que le désespoir coutumier du maître des lieux en soit éconduit mais il développe une approche moins sèche, plus limpide sinon éthérée à l'image de la photographie qui lui sert d'écrin visuel.  Indice qui ne trompe pas, la durée des compositions a été fortement multipliée, ne descendant jamais en-dessous de la barre des neuf minutes au compteur, la dernière d'entre elles se hissant même au-delà des vingt-deux minutes !

C'est d'ailleurs vers 'What Became Of Those Who Were Before', échappée terminale qui remplit à elle seule quasiment la moitié du menu, que la curiosité se porte, et l'orgasme avec, tant cette pièce monumentale (à tous points de vue) suffit à justifier l'écoute de cet album. A aucun moment, Josh Hines ne s'enlise dans l'ennui, piège ô combien tendu par ce type d'architecture dilatée, ni ne patine dans le mielleux malgré ces claviers qui en forment l'ossature. Tout du long, ceux-ci sonnent avec une gravité dramatique ou se parent d'un suaire sinistre et presque liturgique. Associés à une rythmique syncopée, ils étirent un tapis riche d'une emphase envoûtante, brume soyeuse et néanmoins tragique. Quand elle surgit, la guitare poinçonne cette trame aérienne d'une dureté suicidaire, presque burzumienne dans l'âme tandis que le chant, écorché, souligne une noirceur qui bataille avec la beauté fantomatique de ces claviers aux allures de Mellotron hanté. Bien sûr, les trois morceaux qui précèdent cette apothéose se révèlent moins marquants mais ils la préparent. 'Blackeness Of The Bile' est rongé par une six-cordes polluée à laquelle se frottent toujours des nappes blafardes. 'Pain Of The World' brille d'un éclat sombrement symphonique et 'Fire Of The Son' dévide une lancinance douce et hypnotique, autant de marches conduisant au final épique et puissamment émotionnel. Avec The What It Is To Be, Starer trouve un bel équilibre entre atmosphères spectrales et morsures abrasives au sein d'un black metal vibrant d'une emphase tendrement mélancolique. (12.02.2022 | MW) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...