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Byron Haskin - La guerre des cerveaux (1968)


Malgré toute la sympathie nourrie à juste titre à l'égard de Byron Haskin et d'une œuvre qui l'a vu tâter du film noir (L'homme aux abois, The Boss), du western (La ville d'argent), de l'aventures (Quand la Marabunta gronde) et surtout de la science-fiction (La guerre des mondes, La conquête de l'espace, Robinson Crusoé sur Mars), force est malheureusement de reconnaître que La guerre des cerveaux est une déception. Un sujet fort et prometteur (un cerveau mutant 100 fois plus puissant que la moyenne exécute tous les membres d'une équipe de scientifique dans le cadre d'une enquête visant à le démasquer) accouche au final d'un suspense platement mené et incapable d'en presser tout le jus tant dans la forme que dans le fond. La première parait déjà datée en 1968 avec sa facture (trop) classique qui sent le renfermé. Quant au second, il échoue à faire de cette histoire une parabole politique sur le pouvoir. Comparé à d'autres films de science-fiction contemporains tels que L'opération diabolique (1966) de John Frankenheimer ou La planète des singes (1967) de Franklin J. Schaffner, au thème certes très différents, La guerre des cerveaux parait bien terne tant il lui manque justement la force suggérée par son titre original (The Power), à l'image de l'affrontement final entre Jim Tanner et Adam Hart, qui n'évite pas le ridicule. 


Bien plus tard, il est vrai, la télékinésie et les pouvoirs psychiques inspireront à Jack Gold (La grande menace), à Brian De Palma (Furie) et surtout à David Cronenberg (Scanners, Dead Zone), des bobines franchement plus spectaculaires et tendues. Les raisons de sa faiblesse incombe peut-être aussi à sa distribution. Aux côtés d'une Suzanne Pleshette décorative, d'une Yvonne De Carlo vulgaire et d'aimables seconds couteaux (Arthur O'Connell, Richard Carlson, Earl Holliman, Aldo Ray), Michael Rennie est toujours aussi inexpressif même si l'âge rend son visage plus émacié et intéressant tandis que George Hamilton, le regard sombre, ne déclenche pas l'enthousiasme, comme souvent  avec cet acteur dont on ne retient de lui que ses apparitions chez Vincente Minnelli (Celui par qui le scandale arrive, Quinze jours ailleurs) ou un bon western tel que Tonnerre apache de Joseph Newman. Pour autant, La guerre des cerveaux se suit sans ennui, davantage thriller que film de SF paranoïaque, non sans charme mais sans l'intensité attendue... Dernière association entre le producteur George Pal et Byron Haskin dont c'est aussi le testament cinématographique. (31.12.2021) ⍖⍖


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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...