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Bo Arne Vibenius - Crime à froid (1973)


Réalisateur très surestimé, Quentin Tarantino a au moins le mérite d’avoir permis la (re)découverte de certaines bobines au nombre desquelles figure Crime à froid dont il s’est fortement inspiré pour son Kill Bill. Quintessence du rape & revenge sordide et sexy tout ensemble, le film suit la trajectoire vengeresse et meurtrière de Madeleine. Violée quand elle était encore une petite fille, elle a conservé de cette agression un mutisme traumatique. Plus tard, elle tombe sous la coupe de Tony, un proxénète qui la rend dépendante à l’héroïne et la prostitue. Après voir mutilé le visage de son premier client, elle est punie par son geôlier qui en retour lui crève un œil. Lorsqu’elle apprend le suicide de ses parents, trompés par les lettres venimeuses que leur adresse Tony en se faisant passer pour elle, la jeune femme décide de se venger. Bandeau sur œil, elle apprend à se battre, à tirer au fusil et à conduire de façon sportive. Une fois prête, elle entame sa quête punitive. Après des débuts placés sous le signe de l’érotisme (Maid In Sweden), Christina Lindberg trouve là son rôle le plus marquant. Toute de noir vêtue, le visage juvénile barré par un bandeau et un fusil à canon sciée à la main, elle s’incruste pour toujours dans l’inconscient du cinéphile. Irradiant une présence taiseuse insoupçonnée, Thriller lui doit évidemment beaucoup. 


Mais le travail fourni par Bo Arne Vibenius se révèle tout aussi essentiel. Contre toute attente, le cinéaste opte pour une approche glaciale et un rythme lent qui pourront peut-être décevoir l’amateur de bisseries sanglantes. Bergmanien par son austérité, Crime à froid n’en est pas moins brutal et riche en douilles. Les exécutions filmées au ralenti et les inserts pornographiques (auxquels la comédienne n’a pas participé) qui, loin du caviardage racoleur habituel à l’époque, se justifient totalement et ne déclenchent aucune excitation, contribuent à cette ambiance nauséeuse. Vibenius orchestre une œuvre toute en contraste, entre la beauté de ces paysages nimbés de couleurs automnales et le malsain de cette histoire noyée dans une noirceur crapoteuse, entre le vide causé par l’absence de musique et ces éruptions bruitistes qui font plus que souligner ce climat oppressant, entre la candeur du visage de Madeleine et la violence qu’elle abat sur ses bourreaux, entre l’envoûtement d’une atmosphère lancinante et la froide brutalité de cette implacable vengeance. Emblématique du cinéma d’exploitation des années 70, Crime à froid est un vrai film culte tant par son style que par son pouvoir de fascination. (06.05.2024) ⍖⍖⍖


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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...