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A Storm Of Light - As The Valley Of Death Becomes Us, Our Silver Memories Fade (2011)


Bien qu'il soit affilié à la galaxie Neurosis, précieuse caution s'il en est, dont il a l'intelligence ne pas se contenter d'être une simple photocopie, nous devons bien avouer ne pas avoir été enthousiasmés plus que cela par And We Wept The Black Ocean Within et Forgive Us Our Trespasses, les deux premières enclumes étiquetées A Storm Of Light, dont le line-up rassemble des membres de Blood And Time, Battle Of Mice et Neurosis donc. Rien à dire sur la qualité ou l'interprétation forcément au rendez-vous, eut égard au tableau de chasse des musiciens en présence, qui sont tout sauf des manchots, mais, pour une raison mystérieuse, il manquait quelque chose pour que la mayonnaise prenne totalement. Une espèce de magie, de charme, qui faisaient défaut à ces deux albums, ce qui ne leur a pas empêché de diffuser le nom du groupe auprès des aficionados du Post-Hardcore et du Sludge Doom. Nous en étions donc là, n'attendant sans aucune impatience particulière, mais avec toutefois un certain intérêt, leur successeur. Et nous étions loin de nous douter au moment de faire pénétrer ce nouvel opus dans nos cages à miel, quelle claque nous allions nous prendre dans la face. Pourtant la recette n'a pas fondamentalement changé et As The Valley Of Death Becomes Us Our Silver Memories Fade se glisse dans la même fente épaisse que ses prédécesseurs, à savoir ce Sludge atmosphérique tutoyant le Post Rock. Le chant émotionnel de Josh Graham, sans doute le point qui nous avait le plus touché, se révèle toujours aussi puissant et poignant, véritable clé de voûte d'un édifice titanesque dont les racines s'enfoncent au cœur de la Terre. 


Seulement voilà, cette fois, ça marche. Est-ce les compositions, mieux architecturée ou la présence d'invités prestigieux tels que les déesses Kris Force (Amber Asylum), sur "Wasteland", Jarboe (on ne la présente plus) sur "Collapse" et "Death's Head", ou l'ancien guitariste de Soundgarden, Kim Thayil, sur "Missing" notamment, qui peuvent l'expliquer ? Sans doute pas. Au final, inutile de chercher des raisons. Tout ne s'explique pas. Autant savourer comme il se doit ce joyau écrit à l'encre grise, celles des cendres qui tapissent le sol après un cataclysme guerrier. Rarement il nous a été donné d'écouter un album aussi lourd, terrassant. Les guitares et la basse pachydermiques mais néanmoins vecteur d'une mélancolie énorme ("Silver" ou le déchirant "Collapse") et la batterie mangeuse d'espace constituent les contreforts imprenables contre lesquels la voix de Graham pleine d'amertume ("Leave No Wounds") vient s'écraser. Comme son très réussi visuel le suggère, As The Valley Of Death Becomes Us Our Silver Memories Fade est une œuvre sombre, miroir d'une civilisation au bord du chaos, qui vous prend aux tripes, vous serre tel un étau, pour ne plus vous lâcher jusqu'au terminal et bien nommé "Wasteland", Golgotha dont la présence de fantomatiques lignes vocales féminines, celles de la chanteuse de Jazz Nerissa Campbell, ne suffit pas à en amoindrir la noirceur granitique et inexorable, conclusion teintée d'un profond désespoir. A Storm Of Light accouche en définitive d'un très grand disque chargée d'une triste beauté, enfin à la hauteur de la réputation de ses auteurs. Du coup, il nous faudra peut-être réévaluer ses deux aînés... (24/06/2011 | MW) ⍖⍖⍖

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