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Primordial - Where Greater Men Have Fallen (2014)


Parce que Primordial est devenu à force de travail et de talent, sans jamais baisser les bras, une des figures tutélaires de la scène Black Metal, parce que ses offrandes se font de plus en plus désirer, affirmer que Where Greater Men Have Fallen compte parmi les albums du genre (ou pas) les plus attendus de l'année tient de l'euphémisme. Si les albums respectifs de Twilight Of The Gods (Fire On The Mountain) et de Dread Sovereign (All Hell's Martyrs), projets parallèles de son charismatique chanteur, ont quelque peu atténué une attente longue de trois ans, le fait est que ce huitième opus prend encore une fois des allures de Graal pour une audience qui tend à grossir à chaque nouveau disque. Les irlandais doivent une partie de ce succès à une identité qui n'appartient qu'à eux, à la fois âpre et chaleureuse, minérale et tragique, une identité en réalité fixée au moins depuis Storm Before Calm en 2002 que ses trois glorieux successeurs ont ensuite travaillé tel un matériau d'une noble pureté. De fait, offrir une pierre supplémentaire à un tel édifice n'était pas chose aisée. Where Greater Men Have Fallen est-il le digne héritier de ses augustes aînés ? Le groupe n'a jamais déçu et ce n'est donc pas aujourd'hui qu'il sera vraiment pris en flagrant délit de faiblesse ou d'inspiration en berne, toujours fier et conquérant. Ainsi, le titre éponyme rassure en ouverture, sorte de petit frère de 'Empire Falls' (sur To the Nameless Dead), lente et envoûtante épopée douloureusement épique comme ses auteurs en ont le secret. Trop peut-être même, au risque de laisser craindre chez ceux-ci une incapacité à se renouveler, musiciens prisonniers de leur style. 


En fait, il n'en est rien, ce que le reste de l'album va démontrer pendant près de 50 minutes. Les sept pistes suivantes, si elles portent l'incontestable griffe des Irlandais se révèlent peut-être au final plus réussies sinon plus intrigantes que cette amorce superbe bien que sans surprise. D'une lenteur agonisante et vrillé par des guitares grésillantes, 'Babel's Tower' ne se laisse pas dompter facilement contrairement à 'Where Greater Men Have Fallen', ne dévoilant sa richesse qu'après de nombreuses écoutes. Plus classique dans son écriture, 'Come The Flood' séduit par sa force désespérée cependant que 'The Seed Of Tyrants' martèle un tempo rapide qui tranche par rapport au reste de l'album. 'Ghosts Of The Charnel House' que fissure une partie instrumentale où le temps parait suspendu et 'The Alchemist' Head' aux ambiances extrêmement sombres confirment que Primordial continue de façonner son art. Même un morceau tel que 'Born To Night', passée une (longue) introduction typique du groupe, n'empreinte pas tout à fait le chemin attendu par sa majestueuse lancinance qui explose lors d'un final de toute beauté. Distillant une âpre atmosphère crépusculaire et médiévale, When Greater Men Have Fallen n'a pas à rougir de la comparaison avec son prédécesseur et quand bien même ils ont atteint leur apogée créatrice avec To The Nameless Dead, les Irlandais se fendent d'un album en tout point excellent, plus difficile à apprivoiser que prévu. Moins fort et immédiat sans doute mais non moins inspiré. (08.12.2014 | MW) ⍖⍖⍖

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