Accéder au contenu principal

Sarke - Vorunah (2009)


Sur le papier, cet accouplement entre Sarke, musicien qui traîne ses guêtres dans pas mal de formations de la scène noire norvégienne (Tulus, Kold, Old's Man Child) et Nocturno Culto qu'on ne présente plus, n'avait rien pour vraiment déclencher une ferme érection sauf peut-être chez quelques fans sourds de Darktrone. En effet, cela fait bien longtemps que la participation à un quelconque projet de l'homme des bois, à l'instar de son compère Fenriz, n'est plus un gage de qualité. A l'arrivée pourtant, l'éjaculation a bel et bien lieu et la semence est même abondante ! Alors qu'on s'attendait ni plus ni moins à ce que Vorunah taille à peu de choses près des lambeaux identiques à ceux des derniers Darkthrone, à savoir cet espèce de proto black metal sale et rustre qui donne envie de taper du pied et de téter des bières dans un rade sordide et dont on retrouve néanmoins parfois la trainée saignante, c'est en fait un metal bien plus élaboré et intéressant qui nous ouvre ses cuisses, un black presque progressif. Les riffs sont crades comme le sang menstruel ; le Nocturno déverse son inimitable voix frottée avec du papier de verre : rien d'anormal jusque là. Mais il y a ces claviers hantés qui semblent s'être échappés d'un vieux vinyle de King Crimson qui, conjugués à des tempos pesants permettent de décupler mieux qu'un développeur de pénis suédois ne pourrait le faire, la verge turgescente de ce Vorunah fort de huit positions excellentes de bout en bout. La preuve par huit donc. 



"Primitive Killing" commence les préliminaires d'une manière conforme à ce qu'on croyait trouver : un black rampant et vicieux. Puis, les doigts écartent tout d'un coup ces lèvres humides pour découvrir un espace plus original. Le magistral "Vorunah", vrillé par des riffs grésillants, se drape dans un linceul de claviers funèbres qui envoûte tandis que "The Drunken Priest" (quel titre !) est une partouze où s'emboite un black metal implacable et un rock progressif antédiluvien. Nocturno Culto et Sarke partage un goût similaire pour le vieux Heavy metal et le hard rock des seventies ; cela s'entend tout du long de cette hampe grasse et froide, comme le démontrent également "Frost Junkie" qui pose un rythme hypnotique souligné par des guitares sinistres ou bien encore ce "Old" qui semble à la fois avoir trempé son membre dans la fente de Motorhead et se nourrir du fluide intime du rock psychédélique. Presque doom, "Cult Ritual" est un monument digne des années 70. Les notes égrenées par les grattes y sont lugubres à souhait. Après une longue intro au goût prononcé des bandes originales de film de cette époque regrettée, Sarke érige un black metal primitif, fissuré par des poses mortifères et qui irradie une beauté ténébreuse. Et que dire du long "13 Candle" lequel débute par un paysage au piano aussi séduisant que surprenant, puis cède la place à une descente à la mine lancinante, déchirée par quelques choeurs féminins fantomatiques et discrets du plus bel effet. C'est absolument superbe. Curieusement, Vorunah s'achève sur une saillie courte et brutale, quasi punk, "Dead Universe", toujours enveloppée toutefois par ces nappes de synthés lugubres. Une total réussite donc et ce que le black metal norvégien a offert de plus jouissif depuis longtemps. 100 fois supérieurs, dans tous les cas, aux derniers étrons de Darkthrone ! Une claque, une vraie ! (2009) ⍖⍖⍖




Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...