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Stass - Songs Of Flesh And Decay (2021)


Une question pour commencer : où Rogga Johansson puise-t-il encore (et toujours) l'énergie pour mener de front tous ses projets. Certes, il en abandonne parfois certains sur le bord de la route, de Demiurg à The Grotesquery en passant par The 11th Hour mais la liste de ceux qui l'occupent encore est longue comme une file d'attente devant la CAF. Résultat, bordélique à souhait, la discographie de cet infatigable Suédois est épaisse comme le Bottin. Bien sûr, on peut légitiment se demander aussi à quoi cela lui sert de lutiner tous ses groupes dont le fonds de commerce demeure souvent le même, celui du bon vieux death metal des familles. Mais que voulez-vous, Rogga a le genre chevillé au corps et aux notes. Et à l'âme. En réalité, cette propension à se disperser entre de multiples combos répond avant tout à l'envie de collaborer avec tel musicien, tel chanteur. Ainsi, Stass le voit s'accoupler avec l'Allemand Felix, qui tient fermement le micro au sein de Crematory depuis les origines il y a trente ans ! Son nom de famille est... Stass. Ce qui explique pourquoi le duo a choisi de se baptiser de la sorte. C'est simple. De toute façon, notre stakhanoviste scandinave n'aime pas trop se compliquer la vie. Il feuillète son carnet d'adresses et hop, il recrutent trois autres gaillards pour compléter le line-up. Il a l'embarras du choix. Pour la basse, il convoque son vieux compère Johan Berglund, pour la guitare lead, Kjetil Lynghaug et pour frapper les fûts, Erik Bevenrud. Tous ont déjà joué avec lui. Ca aide. 


Après le séminal The Darkside en 2017, le groupe a enfin trouvé le temps de lui donner un successeur. Malgré la participation du chanteur de Crematory, figure de la chapelle gothic d'outre-Rhin, Songs Of Flesh And Decay ne s'affranchit pas du pur death old school si cher à Johansson dont on reconnait l'éternelle appétence pour les riffs caverneux ('Hatchet Lover'). Est-ce pourtant à dire que Stass ressemble aux dizaines d'autres projets  du lascar ?  Justement, pas tout à fait car est injecté à ce socle lourd et sinistre un sang plus mélodique. En un mot, plus gothique. Témoin la triplette que forment 'As The Seasons Bleach Your Bones', 'Skin That Peels Away' et 'The Skeletons Are Ready' que sabrent des lignes de guitares clairement biberonnées au dark metal des années 90. Evidemment, la voix de Felix, dans un registre plus sépulcral, n'est pas étranger à cet ADN coulant dans les veines du groupe. Il en découle un album à l'ancienne, comme le suggère son très beau visuel, écartelé entre le death accordé plus bas que terre dont Rogga ne se départira jamais et son cousin pas si lointain, le gothic dark. On cherchera longtemps la moindre trace d'originalité là-dedans mais tel n'est pas le propos de cette alliance germano-suédoise pour qui l'efficacité et le plaisir l'emportent sur l'audace. Et au final, il parait bien difficile de résister à ce Songs Of Flesh And Decay direct et sans fioritures. Sans prétention non plus, ce qui est toujours appréciable. Le métier de cet équipage chevronné fait le reste et assure une jouissive dose de death granuleux et mélodique.  (17.02.2021 | LHN) ⍖⍖⍖

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