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Otto Preminger - The 13th Letter (1951)


Aussi surprenant que cela puisse paraître, déjà dans les années 50, Hollywood s'emparait de grands films français pour en tirer des remakes. Tel est le cas du Corbeau de Henri-Georges Clouzot refait aux Etats-Unis sous le nom de The 13th Letter en 1951. Tout aussi étonnant est de voir le nom du fameux Otto Preminger en assurer la paternité, metteur en scène majeur qu'on n'imagine guère refaire le film d'un autre, quoique L'éventail de Lady Windermere (1949) était déjà un remake mais d'un long-métrage muet datant de 1925. Coincé entre les excellents Mark Dixon détective (1950) et Un si doux visage (1952), The 13th Letter ne peut soutenir la comparaison ni avec ceux-ci ni avec le matériel d'origine, éternel classique du patrimoine français. On se demande ce que Preminger est venu faire là au point de penser qu'il ne s'agit que d'une commande, emballée à la va-vite. 

Un remake pour se justifier doit développer une approche différente de son modèle. Celui-ci diffère certes du Corbeau mais pas dans le bon sens du terme, incapable - si tant que ce fut le but recherché - de retranscrire l'ambiance noire et étouffante de l'oeuvre de Clouzot. Transposée dans un Québec où les protagonistes dialoguent parfois en français, le plus souvent en anglais sans que l'on comprenne pourquoi, l'intrigue est vide d'une quelconque tension, d'un vague suspense et ce, malgré ses airs de films noirs américains que lui confère la photographie expressionniste de Joseph LaShelle, seul intervenant dont on se doit de louer le travail. Du reste, The 13th Letter est handicapé par une distribution un peu terne. Avec son accent appuyé, Charles Boyer ne se montre pas très convaincant tandis que Michael Rennie possède un visage qui pourrait être intéressant mais qui se révèle totalement inexpressif comme figé dans la pierre. Seules les belles Constance Smith et surtout Linda Darnell magnétisent l'écran. Ce film semble être inédit chez nous, ce qui s'explique à la fois par sa stature très mineure et son utilité toute relative pour le public français... (24.10.2020)  ⍖⍖



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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...