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Paradise Lost - Faith Divides Us - Death Unites Us (2009)


Qui aurait pu prédire en 1989 que Lost Paradise et son hallucinante pochette serait le premier jalon d'une carrière qui se poursuivrait encore vingt ans après ? Assez peu assurément et certainement pas le groupe lui-même. Toujours est-il que Paradise Lost est toujours en activité, malgré des hauts (Gothic, Shades Of God, Draconian Times bien évidemment) et des bas (les néanmoins excellents Host et Believe In Nothing), autant de repères aussi bien commerciaux qu'artistiques correspondant aux diverses peaux, doom, gothique ou plus pop, que les britanniques ont enfilées. Depuis ses débuts, le groupe a donc beaucoup évolué mais on sent qu'avec Faith Divides Us - Death Unites Us, cette évolution est désormais achevée. Ainsi, quand bien même il nous a constamment habitué à n'en faire qu'à sa tête, on imagine mal dorénavant la formation entamer un brusque virage stylistique. Son art a atteint une forme de maturité. Certains diront que Paradise Lost a opéré un retour en arrière depuis Symbol Of Life (2002), regard vers le rétroviseur poursuivi et réaffirmé par In Requiem et par ce nouvel opuscule. Ce n'est pas Faux. Toutefois, cette analyse demande à être affinée. Bien entendu, la musique actuellement forgée par les Anglais révèle davantage de proximité avec l'ère Icon / Draconian Times que celle initiée par One Second


Pourtant il reste quelque chose de cette dernière époque, notamment dans la construction des titres ("Faith Divides Us - Death Unites Us"), dans les arrangements et dans certaines lignes vocales de Nick Holmes ("First Light"). Malgré tout, Faith Divides Us - Death Unites Us reste une oeuvre très moderne et certainement pas nostalgique ou passéiste. Elle se drape dans une production, signée Jens Bogren (Opeth, Katatonia...), sévère, presque austère même, qui sied à merveille à cette plastique grise et désenchantée (le bien nommé "Last Regret"). Une mélancolie automnale ruisselle tout du long de ces dix plaintes, dont l'artisan est plus que jamais la guitare de Greg Mackintosh, musicien par trop sous-estimé. Avec son jeu suintant de tristesse ("Frailty", "The Rise Of Denial") et cette faculté demeurée intact de tisser des mélodies entêtantes, seules balises dans le brouillard ("I Remain"), il se pose incontestablement comme l'Homme de cet album. Cela dit, Holmes, à l'instar de tous les autres membres du groupe n'est jamais en reste avec sa voix reconnaissable entre mille. Avec l'assurance de ceux qui savent ne plus rien avoir à prouver, les Britanniques honorent un ensemble cohérent et homogène qu'aucun temps mort ne vient polluer. Concis et denses, tous les titres délivrent une trame dont la noirceur n'a d'égale que la puissance de leur accroche. Tous sont des hymnes potentiels en tout point dignes de leurs aînés des années 90 et de fait, devraient s'imposer comme de futures classiques dans un répertoire pourtant déjà plein à craquer de pépites. Avec cet album dont on imagine mal qu'il ne puisse pas séduire ses admirateurs, Paradise Lost confirme son statut de la plus belle des manières et signe peut-être même son oeuvre sinon la plus aboutie au moins la plus accrocheuse depuis One Second. (2009 | MW) ⍖⍖⍖



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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...