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Rotten Brain - Rotten Brain (2020)


Ce qu'il y a de chouette avec un groupe qui a décidé de se baptiser Rotten Brain, c'est qu'on sait d'emblée dans quel bain où on va tremper : grumeleux, fétide et constellé de bulles de sang. Tout ça exhale la barbaque et les remugles qui donnent envie de dégueuler. Emboité en 2018, le duo - Eddy Polo derrière les fûts et Darkness Prevails pour le reste - semble depuis quelques mois être pris de convulsions diarrhéiques. Résultat : deux démos et autant de splits (avec Casket Slime et Immortal Rotting) ont rempli son étal depuis le mois d'avril. Effet du confinement ? Nourris aux grains suédois ou finlandais, biberonnés à la semence matriciel d'Autopsy, les deux lascars régurgitent donc un death putride tâché de gore, infâme bouillie avec beaucoup de zombies dedans. Logo illisible, prise de son garantie sans OGM qui empeste la première prise capturée dans les abîmes humides d'un immeuble délabré, Rotten Brain transpire la démarche old school par tous les pores. On imagine le fruit de ses ébats nocturnes gravés en format cassette. Mais non. Au lieu de la bonne vieille tape des familles comme dans les années 80, les Français ont d'abord giclé leur foutre visqueux uniquement sur la toile (gratuit sur leur Bandcamp) mais proposent leur seconde démo en CD habillé d'un enrobage dépouillé. 

C'est lui que nous avons reçu par la poste et dont les entrailles vont être explorées par ces quelques lignes. Six crachats en 25 minutes environ, la bestiole décampe vite, rarement prisonnière d'une masse de viscères, à l'exception notable de 'A Slow Agonie', titre bonus instrumental qui enfonce sa pesante turgescence dans les arcanes d'un death doom aussi funèbre que vicié et nous laisse penser que ses géniteurs seraient bien inspirés de creuser cette voie plus abyssale. Le reste du temps, ceux-ci préfèrent les saillies survoltées, ce qui ne leur interdit jamais d'écarter la terre pour lui ouvrir de lourdes crevasses à grands coups de riffs caverneux. Une intro figée dans un caveau, une première partie pétrifiée avant de laisser les morts vivants s'échapper, tel est la trame de la majorité des morceaux, de 'Torture' à 'Embedded On Grave' en passant par 'Man In The Mahousse'. Bordélique, tout ça ne file jamais droit ('Theater Of Horreur'), la batterie a parfois un bruit de casserole ('Beauty Of Decay') mais c'est pas grave, ça fait partie du charme d'une rondelle crouteuse dont le fond, pestilentiel et morbide, lui impose cet élan à la fois pétrifié et primitif, le teint rugueux, plein d'aspérités. Rotten Brain honore son cahier des charge poissé de miasmes et de jus de viande. Espérons que sa logorrhée se déverse vite à nouveau car on a soif de ce death gore débraillé ! (21.10.2020 | LHN) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...