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Seijun Suzuki - Histoire de mélancolie et de tristesse (1977)


Histoire de mélancolie et de tristesse scelle le retour au cinéma de Seijun Suzuki tombé en disgrâce après La marque du tueur (1967), aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure, longue  période de purgatoire qu’il occupera en tournant des publicités et surtout A Mummy’s Love, première épisode d’une série fantastique. Trop peu conventionnel et démontrant en cela que le cinéaste n’a rien perdu de ses fulgurances baroques malgré sa traversée du désert, Hishū monogatari n’en sera pas moins un échec commercial. Bancal mais fascinant, le film donne en effet l’impression de s’égarer entre plusieurs directions qui lui dictent autant d’ambiances différentes. Il commence comme une classique chronique sportive autour de l’ascension d’une jeune golfeuse (interprétée par la charmante autant que désirable Yoko Shiraki). Néanmoins déjà, les relations entre les personnages sont bizarres, à la fois brutales et suintant un érotisme sourd, plus particulièrement entre l’héroïne et son entraîneur, M. Miyake (Yoshio Harada). Devenue une star, l’existence de Reiko va par la suite peu à peu dérailler. 


Mais cette descente aux enfers est évidemment traitée par Suzuki d’une manière très personnelle et étrange où le ton joyeux se conjugue à une narration et un langage cinématographique de plus en plus hallucinés. Trop sans doute pour ne pas déstabiliser le spectateur non averti et emporter totalement l’adhésion. Ainsi à mi-parcours, Histoire de mélancolie et de tristesse bifurque presque dans le thriller lorsque fait irruption Kyôko Enami en femme psychopathe qui s’immisce dans la vie de la championne et mannequin, qu’elle cherche à vampiriser pour en sucer une partie du succès en une espèce de ronde ambiguë. Dans sa dernière partie, le film bascule dans la folie pure, laquelle culmine lors de la fête organisée dans l’appartement Reiko transformé en gynécée, longue séquence dont la force hypnotique couvre une hystérie paroxysmique. Jusqu’à la mise à mort finale qui achève d’en faire une œuvre totalement déroutante. Reste que l’inspiration débridée de Suzuki emporte tout, livrant un travail fulgurant où de longs plans larges aux cadres extrêmement élaborés s’accouplent à un rythme parfois fiévreux, où le jeu sur les couleurs est associé à une bande-son tour à tour envahissante ou à contrario totalement muette. Histoire de mélancolie et de tristesse est une sorte de film malade lardé de passages d’une pure beauté. (08.11.2024) ⍖⍖



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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...