Histoire de mélancolie et de tristesse scelle le retour au cinéma de Seijun Suzuki tombé en disgrâce après La marque du tueur (1967), aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure, longue période de purgatoire qu’il occupera en tournant des publicités et surtout A Mummy’s Love, première épisode d’une série fantastique. Trop peu conventionnel et démontrant en cela que le cinéaste n’a rien perdu de ses fulgurances baroques malgré sa traversée du désert, Hishū monogatari n’en sera pas moins un échec commercial. Bancal mais fascinant, le film donne en effet l’impression de s’égarer entre plusieurs directions qui lui dictent autant d’ambiances différentes. Il commence comme une classique chronique sportive autour de l’ascension d’une jeune golfeuse (interprétée par la charmante autant que désirable Yoko Shiraki). Néanmoins déjà, les relations entre les personnages sont bizarres, à la fois brutales et suintant un érotisme sourd, plus particulièrement entre l’héroïne et son entraîneur, M. Miyake (Yoshio Harada). Devenue une star, l’existence de Reiko va par la suite peu à peu dérailler.
Mais cette descente aux enfers est évidemment traitée par Suzuki d’une manière très personnelle et étrange où le ton joyeux se conjugue à une narration et un langage cinématographique de plus en plus hallucinés. Trop sans doute pour ne pas déstabiliser le spectateur non averti et emporter totalement l’adhésion. Ainsi à mi-parcours, Histoire de mélancolie et de tristesse bifurque presque dans le thriller lorsque fait irruption Kyôko Enami en femme psychopathe qui s’immisce dans la vie de la championne et mannequin, qu’elle cherche à vampiriser pour en sucer une partie du succès en une espèce de ronde ambiguë. Dans sa dernière partie, le film bascule dans la folie pure, laquelle culmine lors de la fête organisée dans l’appartement Reiko transformé en gynécée, longue séquence dont la force hypnotique couvre une hystérie paroxysmique. Jusqu’à la mise à mort finale qui achève d’en faire une œuvre totalement déroutante. Reste que l’inspiration débridée de Suzuki emporte tout, livrant un travail fulgurant où de longs plans larges aux cadres extrêmement élaborés s’accouplent à un rythme parfois fiévreux, où le jeu sur les couleurs est associé à une bande-son tour à tour envahissante ou à contrario totalement muette. Histoire de mélancolie et de tristesse est une sorte de film malade lardé de passages d’une pure beauté. (08.11.2024) ⍖⍖
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