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Henry Hathaway - Ames à la mer (1937)


Si la collaboration entre Henry Hathaway et Gary Cooper s’avère moins emblématique que celle associant John Ford et John Wayne, elle n’en a pas moins offert sept films dont plusieurs classiques : Les trois lanciers du Bengale (1935), Peter Ibbetson (1935) et Le jardin du diable (1954). Intéressant à bien des égards (nous y reviendrons), Ames à la mer ne saurait cependant être considéré comme tel. La faute à un scénario qui cherche à en dire trop, multiplie les genres, récit romanesque et analyse des rapports de classes sur fond d’espionnage, d’aventures maritimes tout en dénonçant le commerce triangulaire et les agissements crapuleux des négriers. Cela fait beaucoup. Inspiré d’une histoire vraie, le film s’ouvre sur le procès de Gary Cooper, accusé d’avoir exécuté les passagers d’un navire lors d’un naufrage. Un long flash-back (procédé encore rare à l’époque) dévoile la mission d’infiltration du milieu esclavagiste qui lui avait été confiée et les circonstances du drame. Dans le sillage du triomphe rencontré par Les révoltés du Bounty de Frank Lloyd (1935), Hathaway nourrissait l’ambition de réaliser une fresque épique d’une toute autre ampleur dont les deux heures et demi de pellicule prévues ont malheureusement été rognées par la Paramount pour des raisons d’efficacité. Ramené à 88 minutes trop étriquées, Souls At Sea file à toute vapeur mais laisse par conséquent un goût brouillon d’inachevé, son format ne l’autorisant pas creuser ses nombreuses intrigues, de fouiller des personnages pourtant remarquablement ambigus. 


Avec sa beauté irréelle et la douceur de son regard, Gary Cooper campe un marin plein de charme et d’élégance toutefois capable de trier d’une manière toute personnelle et cruelle (à coups de flingue !) les passagers qui pourront embarquer dans l’unique canot de sauvetage à disposition. Henry Wilcoxon incarne le méchant de l’histoire sans qu’on parvienne pourtant à le détester. Il est regrettable néanmoins que de tous les aspects qu’il balaie dont le naufrage, spectaculaire mais finalement trop vite expédié (et qui n’est curieusement pas sans évoquer le Titanic de James Cameron!) et sur lequel on aurait aimé qu’il insiste, le scénario ait choisi de s’attarder sur l’intrigue amoureuse, peu captivante au surplus à cause d’une Frances Dee guère attachante. Plus réjouissante se veut en revanche l’amitié, parfois équivoque d’ailleurs, entre Cooper et George Raft, étonnant en comparse truculent qui court les filles et les tavernes. Mais, pouvant compter sur le savoir-faire de la Paramount et de son équipe, Henry Hathaway connaît son métier, assurance qui lui dicte une mise en scène pleine d’une fougue nerveuse tandis que Gary Cooper exprime toute la complexité de son personnage sans jamais en faire de trop, à l’image des scènes du procès où, taiseux, il irradie ce mélange ombrageux de force et de fragilité qui n’appartient qu’à lui. (26.06.2024) ⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...