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Henry Hathaway - Les sept voleurs (1960)


Sorti la même année, sur un sujet similaire (le casse d’un casino), Les sept voleurs a été éclipsé par L’inconnu de Las Vegas de Lewis Milestone auquel l’équipe de Frank Sinatra qu’il réunit à l’écran assura le succès commercial. Il est pourtant permis de lui préférer le film d’Henry Hathaway qui lui aussi a très certainement influencé Steven Soderbergh et son Ocean’s Eleven (2001). Mais alors comment expliquer qu’il n’ait pas rencontré le même accueil populaire ? L’usage du noir et blanc, pourtant extrêmement soigné par Sam Leavitt, un des grands directeurs de la photographie des  années 50/60 (L’homme au bras d’or, Autopsie d’un meurtre, Les nerfs à vif), l’absence de stars au générique au profit d’une distribution néanmoins solide et son manque d’action sinon de suspense  ont dû alors décevoir le public. Il est vrai que Seven Thieves souffre d’un caractère bavard qui peut le rendre parfois ennuyeux durant sa première partie. 


Au vrai et nonobstant la séquence du casse fignolée avec toute la précision nécessaire par le vétéran Hathaway et une conclusion pleine d’ironie, le film tire avant tout son intérêt de ses personnages et des relations qui les lient. Il s’agit d’une part des rapports père / fils entre Edward G. Robinson et Rod Steiger. Le premier endosse le rôle classique du vieux professionnel, cerveau de la bande, auquel il confère une élégance fatiguée tandis que le second nous rappelle que, bien dirigé, il peut alors se départir du jeu appuyé hérité de l’Actor Studios. D’autre part, un Eli Wallach pétochard et une Joan Collins qui a rarement été croquée d’une façon aussi désirable et charnelle forment un couple bizarre. Le numéro musical qu’ils exécutent transpire un érotisme à peine voilé, lui à genoux, dressant son saxophone face à sa partenaire qui se déhanche en mimant un va-et-vient des mains pour le moins équivoque. En dépit de relatives carences narratives, Les sept voleurs a finalement mieux vieilli que le médiocre Inconnu de Las Vegas et mérite donc d’être redécouvert et réévalué à sa juste valeur. (21.10.2024) ⍖⍖


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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...