Accéder au contenu principal

Henri Verneuil - Mélodie en sous-sol (1963)


Jean Gabin et Alain Delon se croiseront à trois reprises à l'occasion de Mélodie en sous-sol (1963), Le clan des Siciliens (1969) et Deux hommes dans la ville (1973). Le premier d'entre eux demeure justement célèbre pour avoir scellé cette rencontre entre le taulier du cinéma français et l'un des plus brillants représentants de la jeune garde, avec Jean-Paul Belmondo. Avec celui-ci, qui vient alors de partager l'affiche avec Gabin dans Un singe en hiver, Delon se dispute en quelque sorte d'adoubement par le vieux maître. Le film orchestre donc cette confrontation entre deux générations de comédiens. D'un côté Gabin, les cheveux blancs mais pas encore fatigué, la sagesse bourrue et hiératique. De l'autre, Delon qui bouffe l'écran, ténébreux et fragile mais pas encore hautain voire lointain. La légende veut qu'il ait ravi le rôle à Jean-Louis Trintignant, tout aussi talentueux mais qu'on imagine quand même mal dans la peau de ce jeune truand à la gueule d'ange. 

Les deux acteurs principaux incarnent chacun une époque et en filigrane, le film évoque les changements qui travaillent la France des années 60. A l'image de la ville de Sarcelles en plein défiguration urbaine que Gabin ne reconnaît plus, errant dans la ville à la recherche de son pavillon dont la rue a changé de nom. Mais au-delà de l'union célèbre qu'il consacre, Mélodie en sous-sol se veut surtout un formidable polar, clairement influencé par le cinéma américain dont il moule à la française le thème classique du braquage de banque. Le travail ingénieux fournit par Verneuil qui use avec maestria des miroirs ou de la narration que récite Gabin pour anticiper les faits et gestes de Delon, le scénario d'Albert Simonin  coloré par les dialogues percutants de Michel Audiard, assurent à l'œuvre son assise, solide et impeccable. Curieusement, ce n'est pas la scène du casse dont on se souvient mais la longue séquence finale au bord de la piscine avec la ronde des autorités autour du duo de cambrioleurs et ces billets qui remontent peu à peu à la surface. Dénouement invraisemblable mais un pur et grand moment de cinéma. La patte d'Henri Verneuil, le plus américain des réalisateurs français. (22.08.2021) ⍖⍖⍖



Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...