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Henry Hathaway - Le carrefour de la mort (1947)


Le carrefour de la mort demeure bien sûr célèbre pour cette scène hallucinante où Richard Widmark, dont il s'agit du premier rôle à l'écran, jette une vieille en fauteuil roulant dans un escalier en poussant un rire de hyène. Nous aurions pourtant tord de réduire ce film à cette seule séquence aussi anthologique soit-elle. Car, réalisé avec l'assurance d'un Henry Hathaway qui tourne alors déjà depuis une bonne quinzaine d'années, Kiss Of Death se révèle être un des films noirs parmi les plus achevés du genre. Il porte en outre la griffe de la 20th Century Fox, à l'origine d'une admirable série de polars réalistes, tournés dans un cadre urbain réel et dont Hathaway sera d'ailleurs l'un des principaux artisans (Appelez Nord 777). A l'aide d'un noir et blanc expressionniste et des décors que l'on sent vivre, le film nous plonge dans le milieu de la pègre, milieu marqué du sceau de la misère sociale dont Nick Bianco (Victor Mature) cherche à s'extraire. 

Moraliste comme souvent à l'époque, le récit nous conte sa rédemption jusqu'à cette conclusion sacrificielle et quasi christique, qui n'était pas celle prévue par Ben Hecht, à la symbolique moins forte, et que Philip Dunne a donc réécrite. Autour de lui, deux groupes viennent se greffer. D'un côté, celui de la justice, incarné par un Brian Donlevy qu'on est agréablement surpris de ne pas retrouver dans la peau d'une crapule ou d'un véreux. Il est secondé par Millard Mitchell et Karl Malden. C'est aussi celui de l'humanité qu'animent les filles de Bianco (magnifique scène des retrouvailles dans l'orphelinat) et la douce Nettie (Coleen Gray). De l'autre, c'est le monde grouillant et louche des gangsters entre cet avocat corrompu (Taylor Holmes) et surtout la figure du tueur psychopathe, Tommy Udo, que Widmark incruste à tout jamais dans notre mémoire de cinéphile. L'acteur bouffe l'écran non seulement par sa présence mais aussi par son absence qui rôde comme une menace inquiétante autour du héros. Face à lui, Mature déroule un jeu toute en force rentrée. Deux remake en seront tirés, l'un sous la forme d'un western (Le tueur au visage d'ange de Gordon Douglas) et l'autre, inutile, signé par Barbet Schroeder avec Nicolas Cage. (16.07.2020) ⍖⍖⍖



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