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Henry Hathaway, John Ford & George Marshall - La conquête de l'Ouest (1962)


Fresque longue de près 150 minutes, La conquête de l'Ouest balaie cinquante ans d'histoire de l'Ouest américain entre 1830 et 1880, à travers la destinée d'une famille de pionniers que les évènements vont désagréger. Gros succès commercial et triomphe aux Oscars, ce western demeure célèbre moins pour son recours à l'éphémère procédé du Cinérama (technique utilisant une caméra à trois objectifs) qu'à son affiche pantagruélique avec laquelle ne peut guère rivaliser que celle du Jour le plus long, tourné la même année. Trois metteurs en scène parmi les plus grands spécialistes du genre (Henry Hathaway, John Ford, George Marshall) et quasiment toutes les vedettes (masculines) d'Hollywood ont été convoquées pour rendre hommage à ceux qui ont façonné ce pays. Seuls Kirk Douglas, Burt Lancaster ou Robert Mitchum manquent à l'appel. Pourtant, à l'arrivée, La conquête de l'Ouest échoue quelque peu à être le grand film qu'il aurait dû être, la faute à une incapacité à convertir à l'écran de bonnes idées en qualités. Confier les différents épisodes du récit à plusieurs réalisateurs était intéressant mais le résultat se révèle inégal. Les sketchs assurés par Hathaway (Les rivières, Les plaines, Les hors-la-loi) semblent être les plus réussis car les plus mouvementés alors que celui de Ford consacré à la Guerre de Sécession possède un goût d'inachevé, alourdi qui plus est plus par son pesant appel à la fraternité. 

De même, le scénario que signent James R. Webb et John Gray, résume habilement les grandes étapes de la conquête de l'Ouest et les relie adroitement, mais ne fait en définitive qu'effleurer chaque aspect de son vaste sujet. D'où l'impression que, hormis les deux premières parties, que dominent chacune à tour de rôle les deux soeurs Prescott (interprétées avec beaucoup de charme par Carroll Baker et Debbie Reynolds), le reste est bâclé. Enfin, employer tous ces grands acteurs est jubilatoire mais entre un James Stewart trop vieux pour son rôle, un John Wayne dont la présence se réduit à une seule scène, un Richard Widmark qui écope du personnage (évidemment) antipathique du patron du chemin de fer ou un Henry Fonda qui n'a pas grand chose à faire, ce sont donc surtout les comédiennes ainsi que George Peppard qui marquent les esprits. Pour finir, en 1962, alors que le cinéma américain est traversé par une profonde mutation qui le pousse sur la voie d'un plus grand réalisme et donc à s'éloigner d'une vision pittoresque et romanesque, La conquête de l'Ouest apparaît déjà comme une production anachronique, à la morale empesée et aux références bibliques appuyées (l'Ouest comme Terre promise, les deux sœurs baptisée, Eve et Lilith). A titre de comparaison, Sam Peckinpah se fend la même année de Coup de feu dans la sierra et deux ans plus tard de Major Dundee qui ont quand même une autre gueule ! Mais il ne faut cependant pas bouder notre plaisir face à ce (grand) spectacle qui demeure très agréable à regarder. (02.01.2021) ⍖⍖⍖




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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...