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Henry Hathaway - Cinq cartes à abattre (1968)


Henry Hathaway est un vieux renard du western, genre qu'il n'a jamais cessé de chevaucher tout au long de sa carrière et dont L'attaque de la malle-poste (1951), Le jardin du diable (1954) et Nevada Smith (1966) comptent parmi les plus belles pépites. Lorsqu'il réalise Cinq cartes à abattre, il commence toutefois à fatiguer mais parvient tout de même à emballer ce western plutôt original avec son efficacité coutumière et la sureté du vieux maître qui a derrière lui des centaines d'heures de pellicules. Cinq cartes à abattre doit son originalité à son curieux scénario, plus proche du film policier que du western. On a presque l'impression d'assister à une transposition plutôt habile des Dix petits nègres d'Agatha Christie, classique de la littérature policière, dans le cadre du far west. Cet astucieux récit permet en outre à l'immense Robert Mitchum de livrer une composition comme on les aime (sans trop forcer son talent néanmoins). 


Avec ce rôle de pasteur énigmatique et obscur, proche du personnage fameux qu'il campait dans le légendaire et unique Nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton, en (bien) moins complexe cependant, l'acteur domine de son écrasante présence le reste de la distribution, assez terne par ailleurs, y compris un Dean Martin moins convaincant que dans Rio Bravo (1959) de Howard Hawks ou lorsqu'il arpente la tragédie (Comme un torrent). Mitchum enfilera encore une fois la soutane en 1972 dans La colère de dieu, western médiocre de Ralph Nelson avec une Rita Hayworth vieillissante et méconnaissable. Son rythme est lent, pépère mais Cinq cartes à abattre demeure célèbre pour deux détails : le pistolet que cache Mitchum dans sa Sainte Bible et la manière dont Yaphet Kotto désigne l'identité de son meurtrier en joignant les mains comme pour prier. Henry Hathaway réalise donc un western de facture très classique, sauvé par son scénario et un Robert Mitchum égal à lui-même, à un moment - la fin des années 60 - où le genre bascule dans le baroque, la violence (les films de Leone) et dans la démythification désenchantée (La horde sauvage). (2001) ⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...