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Forteresse - Thèmes pour la Rébellion (2016)


S'il a su laisser une marque profonde dans nos mémoire et dans nos coeur, grâce à une poignée d'offrandes qui ont contribué à façonner l'identité à la fois glaciale et patriotique de l'art noir québécois, le fait est que Forteresse s'est montré fort discret ces dernières années. Ce long silence, à peine entamé par une contribution, qui plus est décevante, au split Légendes (2014), l'alliance scellée avec ses compatriotes Monarque, Chasse-Galerie et Csjethe, n'augurait rien de bon. Le groupe n'avait-il pas tiré ses meilleurs - sinon ses dernières - cartouches, avec ce Crépuscule d'octobre au titre prémonitoire ? Cinq ans après cet opus, Thèmes pour la rébellion marque le grand retour de ses créateurs. A l'origine simple duo, un batteur (Fiel de Grimoire) a tout d'abord rejoint Athros et Moribond, formation aujourd'hui complétée par le guitariste et bassiste Matrak Tveskaeg (Cantique Lépreux). En devenant peu à peu un véritable groupe, Forteresse a gagné en puissance de feu ce qu'il a perdu en route sa dimension solitaire et obscure. Mais, à l'écoute de ce nouveau chapitre, peu le regretteront. Plus que jamais fidèle à ses racines tant géographiques qu'historiques, Forteresse a certes progressé en terme de son mais n'a pas changé, comme l'illustre la rébellion des Patriotes (1837-1838) qui sert de terreau à cet opus, événement matriciel dans l'histoire du Québec et que le groupe avait déjà abordé dans le passé. 


De fait, on reconnaît immédiatement cette empreinte unique, autant personnifiée par ce chant nocturne que ces riffs aussi bouillonnants que sinistres trempés dans la neige drapant ces paysages sévères qui les ont vu naître. Encadré par deux sentinelles instrumentales, dont la seconde, 'Le dernier voyage' suinte un désespoir engourdi, le menu se veut déchaîné comme un torrent en crue, témoignant en cela que Forteresse n'a pas déposé les armes. Au contraire, fier héraut d'une histoire ensanglantée, il ouvre plus que jamais les plaies d'un metal noir abrasif, dont l'intensité épique se conjugue à une expression mélodique nichée dans les replis de compositions tumultueuses, à l'image de la seconde partie de 'Forêt d'automne', dont les lignes de guitare se pare d'une beauté à la fois guerrière et flamboyante. Lancée par le 'Spectre de la rébellion' aux obsédantes envolées, l'écoute galope sans jamais s'arrêter à travers un champ de bataille jonché des cadavres d'hommes qui se sont battus pour leur indépendance, héros auxquels ces saillies patriotiques rendent un vibrant hommage. De 'Là où nous allons' au 'Sang des héros", les haut faits d'arme se succèdent, faisant de ce cinquième album, une épopée en tous points digne de ses devancières et qui scelle le retour d'un Forteresse triomphant. (22.06.2016) ⍖⍖⍖

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