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Brume d'Automne / Forteresse - Split LP (2010)


Malgré tout le respect que l'on peut - très justement - avoir pour Eric Syre, il est aussi permis de ne pas partager son opinion sur une scène Black Metal québécoise avec laquelle il ne se sent aucune affinité (hormis avec Akitsa, bien entendu) et qu'il juge assez durement. En effet, notamment grâce au travail de Sepulchral Productions, dont le boss n'est ni plus ni moins que Myrkhaal du regretté Frozen Shadows (il n'est pas tout à fait mort mais c'est tout comme). Sombres Forêts, Gris, Monarque, Neige et Noirceur remplissent par exemple de leurs méfaits un catalogue cohérent et de qualité. Peu à peu, c'est un art noir à l'identité affirmée, laquelle repose sur un terreau aussi bien géographique (les forêts, le froid, l'hiver) que bien souvent patriotique, qui prend corps. Ce split unissant les forces de Brume d'Automne et de Forteresse, une des signatures historiques du label, symbolise à la fois cette personnalité ainsi que la fraternité qui cimente cette chapelle enneigée, Athros faisant ainsi le lien entre les deux entités, chanteur pour l'un (Forteresse) et guitariste (entre autres) pour l'autre. Une histoire de famille donc. 


De sang également, celui d'un passé auquel ces groupuscules rendent hommage. "Rouge souvenir d'antan" le démontre. S'ouvrant sur des mesures teintées d'un ancestral folklore, le titre de Brume d'Automne entame ensuite une lente reptation que domine un mid-tempo pesant et sinistre à souhait. Pour sa part, Forteresse accouche d'une composition où se reconnaît son style si particulier. Sur un lit de claviers lugubres, le tandem formé par Athros et Moribund  grave un Black Metal nationaliste, lancinant et habité, frissonnant et mélancolique, ravivant les souvenirs et les plaies d'un temps révolu, le tout recouvert d'une croûte lointaine, figée dans la neige, à l'image de cette prise de son si singulière, reconnaissable entre mille, en cela qu'elle semble provenir du fond des âges. A peine onze petites minutes peut-être mais une rondelle qui distille ce charme simple de la production artisanale et authentique et grâce à laquelle on comprend mieux pourquoi le Black Metal québécois restera toujours à part. (2010) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...