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Brume d'Automne / Forteresse - Split LP (2010)


Malgré tout le respect que l'on peut - très justement - avoir pour Eric Syre, il est aussi permis de ne pas partager son opinion sur une scène Black Metal québécoise avec laquelle il ne se sent aucune affinité (hormis avec Akitsa, bien entendu) et qu'il juge assez durement. En effet, notamment grâce au travail de Sepulchral Productions, dont le boss n'est ni plus ni moins que Myrkhaal du regretté Frozen Shadows (il n'est pas tout à fait mort mais c'est tout comme). Sombres Forêts, Gris, Monarque, Neige et Noirceur remplissent par exemple de leurs méfaits un catalogue cohérent et de qualité. Peu à peu, c'est un art noir à l'identité affirmée, laquelle repose sur un terreau aussi bien géographique (les forêts, le froid, l'hiver) que bien souvent patriotique, qui prend corps. Ce split unissant les forces de Brume d'Automne et de Forteresse, une des signatures historiques du label, symbolise à la fois cette personnalité ainsi que la fraternité qui cimente cette chapelle enneigée, Athros faisant ainsi le lien entre les deux entités, chanteur pour l'un (Forteresse) et guitariste (entre autres) pour l'autre. Une histoire de famille donc. 


De sang également, celui d'un passé auquel ces groupuscules rendent hommage. "Rouge souvenir d'antan" le démontre. S'ouvrant sur des mesures teintées d'un ancestral folklore, le titre de Brume d'Automne entame ensuite une lente reptation que domine un mid-tempo pesant et sinistre à souhait. Pour sa part, Forteresse accouche d'une composition où se reconnaît son style si particulier. Sur un lit de claviers lugubres, le tandem formé par Athros et Moribund  grave un Black Metal nationaliste, lancinant et habité, frissonnant et mélancolique, ravivant les souvenirs et les plaies d'un temps révolu, le tout recouvert d'une croûte lointaine, figée dans la neige, à l'image de cette prise de son si singulière, reconnaissable entre mille, en cela qu'elle semble provenir du fond des âges. A peine onze petites minutes peut-être mais une rondelle qui distille ce charme simple de la production artisanale et authentique et grâce à laquelle on comprend mieux pourquoi le Black Metal québécois restera toujours à part. (2010) ⍖⍖⍖

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Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...