Accéder au contenu principal

Blackmore's Night - Secret Voyage (2008)


Il y a deux façons d’aborder un nouvel opus de Ritchie Blackmore sous la bannière qu’il forme depuis 1997 avec sa compagne, la radieuse Candice Night : la mauvaise et la bonne. La première se réduit bien souvent en un compte d’apothicaire qui cherche à énumérer le nombre de chansons durant lesquelles le maître ressort sa Stratocaster (il y en 5 cette fois-ci, mais nous y reviendrons). La seconde tient de la démonstration : Blackmore’s Night est bel et bien ce qu’il a fait de mieux depuis le sabordage de Rainbow en 1984. Contrairement à ses anciens compagnons du Pourpre Profond qui sont déjà en préretraite (seulement quatre disques depuis 1996 !), l’homme en noir publie aujourd’hui tout de même sa septième offrande avec son projet médiéval et renaissance, si l’on tient compte de la parenthèse Winter Carols. Le ménestrel est donc plus prolifique que jamais. Et plus inspiré surtout. Si on sentait bien que Ghost Of A Rose (2003) avait fixé durablement le style du groupe, entre rock et folklore des temps anciens, Secret Voyage n’en est pas pour autant une resucée. Proche de The Village Lanterne de part son côté électrique de plus en plus affirmé, cette collection de douze chansons possède cette science de l’équilibre parfait entre titres rock lesquels, sont bien entendu transpercés par les interventions magiques de Ritchie, plages folkloriques rafraichissantes et ballades doucereuses. Secret Voyage commence très fort (trop peut-être) avec l’intro “ God Save The Keg ”, qui voit pour la première fois Blackmore débuté un de ses disques par un instrumental, invitation au voyage tout d’abord orchestrale et grandiloquente (kitch diront les mauvaises langues) avant de se colorer de teintes plus sombres avec chœurs grandioses et orgues liturgiques sur fond de guitares électriques et qui s’enchaîne par un admirable fondu au monumental “ Locked Within The Crystal Ball ”, plus de 8 minutes de bonheur et certainement l’apogée de l’album. Dotée d’une rythmique puissante, cette chanson, traversée de multiples ambiances, mélange avec une réussite éclatante tout ce qui fait le charme du groupe : lignes vocales superbes et cristallines de Candice, influences médiévales discrètes et surtout jeu racé et efficace de Blackmore (il faut voir comme sa guitare surgit toujours dont on ne sait où). 


Après un tel déluge, les morceaux suivants ont forcément moins de saveur et beaucoup souhaiteraient certainement que Ritchie se limite à ce genre de composition électrique dans lequel il excelle. Mais Blackmore'’ Night, ce n’est pas que cela ; c’est aussi des pauses diaphanes telles que “ Gildred Cage ” ou des envolées accrocheuses à l’image de “ Toast Of Tomorrow ” et ses touches slaves. Moins éblouissants dans un premier temps, tous les autres titres sont pourtant de vrais petits bijoux : “ Prince Waldeks Galliard ”, un instrumental comme seul Blackmore à le secret ; “ Rainbow Eyes ”, reprise, en plus rapide toutefois d’un extrait de Long Live Rock’n’Roll de Rainbow justement ; “ The Circle ”, l’autre Everest de Secret Voyage, coupé par des mélodies orientales, porté par une basse volubile et qui s’achève sur une intervention flamboyante de Ritchie ; “ Can’t Help Falling In Love ”, standard d’Elvis qui permet au maître de livrer quelques accords étourdissants avec sa fidèle Strat’ couleur blanche et le magnifique “ Peasants Promise ”, délicieusement folklorique. Plus classiques, “ Sister Gypsy ”, “ Far Far Away ” et “ Empty Words ” sont de douces mélopées rafraichissantes et sympathiques. Encore un très grand disque donc, qui devrait ravir tous les amoureux (de plus en plus nombreux) du groupe. En dépit des apparences, Blackmore, plutôt que de rejouer ad vitam aeternam les mêmes oldies issus de In Rock ou Machine Head, continue, lui, et contrairement à Gillan and C°, à aller de l’avant, quand bien même il puise désormais son inspiration dans les siècles passés. Un mot enfin sur les troubadours qui accompagnent le duo et qui sont loin d’être interchangeables. Au contraire ils déterminent aussi les sonorités des chansons. Ainsi, le départ des deux choristes, Lady Madeline et Lady Nancy nous rend orphelins de ses chœurs féminins qui avaient tant illuminés Ghost Of A Rose et The Village Lanterne, tandis que l’arrivée de Gypsy Rose marque le retour du violon dans les compositions. On notera aussi la participation de Pat Regan, producteur et ami de Ritchie depuis The Battle Rages On de Deep Purple, en lieu et place du fidèle Sir Robert Of Normandie. Le chef-d’œuvre de l’année 2008. Assurément. Pourvu que Blackmore’s Night est, comme en 2006, la bonne idée de venir visiter la France et ses châteaux… (2008) ⍖⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...