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Necrophobic - In The Twilight Grey (2024)


Bien qu’à l’origine d’albums d’une bonne facture générale, Necrophobic ne nous a jamais tellement intéressé avec son death black mélodique et ténébreux aux rouages (trop) éprouvés sinon faciles, éternel second couteau de la chapelle extrême suédoise dont il embarque des mercenaires du genre ayant promené leur cartouchière chez Nifelheim, Dismember, Grave ou Entombed A.D. Et ce n’est pas In The Twilight Grey qui risque de modifier notre opinion à son sujet, recueil de dix nouvelles saillies dont l’efficacité incontestable rivalise avec une banalité qui l’est tout autant. Le savoir-faire des musiciens ne fait aucun doute, ce qui assure à cet opus sa facture honnête mais, bloqués au milieu des années 90, à l’époque bénie des Dissection et autre Sacramentum, jamais ils ne réussissent à surprendre. C’est bien fait, encore que l’enrobage sonore étonne par son relatif manque de puissance, l’écriture est affûtée et l’ensemble moissonne les cadavres sans tomber en panne, imprimant durant plus de cinquante minutes diaboliques une cadence appuyée et parfois oppressante. Reste que ces compositions ne résisteront certainement pas à l’usure du temps et seront bien vitre oubliées. 


Ce jugement peut sonner comme une sentence (trop) sévère et reconnaissons que cet alliage de vélocité implacable façon Lapin Duracel et de froides ambiances nocturnes qui se répandent telle une brume lugubre fournit toujours de bons moments de brutalité millimétrée. Amorce aux morsures tenaces, ‘Grace Of The Past’ ouvre l’écoute de la meilleure manière qui soit, ‘Shadows Of The Brightless Night’ séduit par ses multiples cassures, ‘Cast In Stone’ par son lourd tempo et ses guitares gorgées de mélodies aussi racées que tranchantes tandis que, passée une intro sombrement emphatique, ‘Mirrors Of A Thousand Lakes’ bétonne une agression à la fois obsédante et tentaculaire. Toutefois, à l’image de leurs titres qui n’affichent pas une farouche originalité, ces chansons opèrent de façon trop mécanique, ce qui les vide de leur âme sinon de magie (noire). En somme, Necrophobic demeure toujours trop lisse et pas assez sinistre pour les adorateurs de black mortifère tout en étant trop brutal pour séduire ceux qui aiment prudemment s’aventurer dans les ténèbres. Objectivement, In The Twilight Grey est un disque de bonne tenue, soutenu par une exécution qui ne saurait susciter la moindre réserve et généreux en cartouches incisives dont l’effet en live sera saignant mais il est condamné à être remisé sur une étagère qu’il ne quittera plus jamais... (08.03.2024 | MW) ⍖⍖

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