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Brian De Palma - Scarface (1983)


Quelques très grands films jalonnent la carrière d'Al Pacino : la trilogie du Parrain (1972,1974, 1990), L'épouvantail (1973), Serpico (1973), Un après-midi de chien (1975), Cruising (1980) et donc Scarface lequel, il faut le reconnaître, lui offre une de ses dernières apparitions dans une œuvre majeure. S'étant tellement investi dans le rôle de Tony Montana, dont on n'imagine même pas qu'il puisse être incarné par un autre que lui, Pacino a mis longtemps à se remettre de son interprétation. On ne le reverra ainsi que deux ans plus tard à l'écran dans le pesant Révolution de Hugh Hudson. Au départ, le rôle ne lui est pourtant pas proposé en priorité. Sylvester Stallone est d'abord associé mais il lui préférera Stayling Alive. De même, Brian De Palma n'est pas le premier choix du producteur Martin Bregman qui pense d'abord confier la mise en scène à Sidney Lumet, qui décline le job, jugeant l'histoire trop violente. C'est donc l'auteur de Carrie et de Blow Up qui se retrouve aux commandes, flanqué d'Oliver Stone au scénario, lequel n'a alors que deux réalisations à son actif, Seizure (1974) et The Hand (1981). Bien sûr, il s'agit du (lointain) remake d'un classique de Howard Hawks (auquel il est dédié), que les deux compères modernisent en transposant le récit dans l'Amérique ensoleillée de Miami et en l'inscrivant dans le contexte d'une Guerre Froide finissante avec l'Exode de Mariel (1980). Si le métrage répond à tous les codes de ce genre d'histoire racontant l'ascension et la chute d'un caïd, Scarface est finalement moins un film de gangster que le portrait, frappé du sceau de la fatalité, d'un homme désireux de vivre le rêve américain jusqu'au bout. 


Malin et loyal, plus moralisateur qu'on ne le croit (son rapport aux enfants) Montana n'en reste pas moins un péquenot arriviste et vulgaire mais il a des principes, ce qui le conduira à sa perte. Puissant et habité, Al Pacino confère à ce personnage une espèce de flamboyance mélancolique. De tous les plans ou presque, il ne porte pas seulement le film sur ses épaules, il écrase tout le reste de la distribution. De Palma l'utilise comme un fauve au milieu de plusieurs scènes d'anthologie : la torture à la tronçonneuse, totalement gratuite mais ludique tant cet outil se veut très cinématographique, la fusillade dans la boite de nuit et bien entendu la mise à mort finale digne du massacre terminal de La Horde sauvage de Sam Peckinpah. Le réalisateur ne fournit pourtant pas son travail le plus personnel que seuls le brio de la mise en scène, la violence graphique, le goût pour les écrans de surveillance et les miroirs couplés à une sexualité trouble, trahissent véritablement la présence derrière la caméra. Les penchants œdipiens du scénario (Tony se débarrasse de Lopez, qu'on peut voir comme son père et est amoureux non pas de sa mère mais de sa sœur) ne sont en outre pas pour lui déplaire même s'il n'en est pas l'auteur. Bien qu'il reste marqué par son époque, de part son esthétisme et sa musique au demeurant inoubliable et reconnaissable entre mille de Giorgio Moroder (American Gigolo, Midnight Express, La féline), Scarface n'en est pas moins une oeuvre culte, très mal reçue par les critiques à sa sortie qui lui reproche sa violence excessive, son langage ordurier et la relation incestueuse entre Montana et sa sœur. Depuis, il est entré dans l'histoire du cinéma mais aussi dans les banlieues où son personnage principal est considéré comme un modèle. (29.12.2020) ⍖⍖⍖⍖

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Brian De Palma - Blow Out (1981)

Brian De Palma s’est imposé dans les années 70 grâce à une série de films très personnels, thriller ( Obsession ) ou fantastique ( Carrie , Phantom Of The Paradise ), dont l’affolante virtuosité technique a fait de lui l’un des cinéastes les plus doués de sa génération. Après le succès de Pulsions , il souhaite à l’aube des années 80 s’extraire du cinéma de genres et se frotter à des projets plus ambitieux. L’adaptation du roman de Robert Daley, Le prince de New York , devait lui en fournir l’occasion mais il est finalement renvoyé de la production, remplacé par Sidney Lumet. A la place, il réalise Blow Out dont il est l’auteur du scénario. De prime abord, celui-ci semble s’inscrire dans la continuité de ses films précédents, particulièrement du fait de cette influence hitchockienne toujours de mise et dont il ne se départira vraiment qu’après Body Double (1984). Le héros qui sauve une femme de la noyade, la cloche de la liberté, cette variation autour du cri ou cette course-poursuit...

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Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...