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Henri Verneuil - Mille milliards de dollars (1982)


S'il demeure associé à des œuvres souvent dramatiques peuplés de paumés qu'il nourrissait de sa propre personnalité tourmentée d'homme écorché (La meilleure façon de marcher, Série noire), Patrick Dewaere n'en a pas moins coulé sa présence singulière dans quelques films plus commerciaux révélateurs néanmoins de ses idéaux de gauche, qu'il s'agisse de Adieu poulet (1976) , Le Juge Fayard dit le shériff (1976) ou Coup de tête (1978) qui tous abordent plus ou moins sérieusement la corruption et les magouilles politiques. Il n'est donc pas si étonnant de le retrouver dans Mille milliards de dollars où il campe un reporter intègre qui enquête sur l'emprise tentaculaire d'une multinationale américaine. Il est d'ailleurs cocasse de le voir ainsi endosser un rôle de journaliste alors qu'il venait d'être victime d'une cabale médiatique au moment de la sortie d'Un mauvais fils (1980). C'est Henri Verneuil qui l'impose alors que la profession se montre alors de plus en plus méfiante à l'encontre de l'acteur. Si le sujet leur tient à cœur à tous les deux, le film réussit avant tout comme un thriller efficace, finalement plus proche du film d'enquête à l'américaine dont il reprend l'happy-end obligée et surprenante ainsi que les relations stéréotypées entre Kerjean et sa femme (ils sont en instance de divorce mais finissent par se réconcilier), que du suspense paranoïaque à la française. 


Certes moins sombre que les travaux de Costa-Gavras ou que d'autres thrillers tout aussi commerciaux mais plus kafkaïens que lui, comme Un papillon sur l'épaule ou Espion lève-toi, Mille milliards de dollars illustre non sans cynisme les ravages - déjà - de la mondialisation sauvage, dénonçant le pouvoir sans frontières de firmes devenues plus puissantes que les Etats et dont les salariés ne sont que des pions sur un vertigineux échiquier. Plus sobre qu'à l'accoutumée, Dewaere est parfait, démontrant une facette inédite de son talent dont on peut penser qu'elle aurait pu s'épanouir, se renforcer par la suite, si son suicide, survenu quelques mois plus tard, n'avait précocement mis fin à une carrière que de nombreux grands rôles auraient sans aucun doute encore enrichie. Mise en scène impeccable, distribution quatre étoiles (outre Dewaere, citons Mel Ferrer, glacial en président de G.T.I., Charles Denner, Michel Auclair, Jacques François, Jeanne Moreau, Anny Duperey ou Caroline Cellier sans oublier Jean-Pierre Kalfon : du solide), Mille milliards de dollars honore ce savoir-faire du cinéma français des années 70/80. (03.04.2023) ⍖⍖⍖


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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...