Accéder au contenu principal

Blackmore's Night - Autumn Sky (2010)


S’il existe encore bien quelques vieux fans irréductibles pour croire que l’homme en noir renouera un jour avec son passé métallique, la plupart ont compris depuis longtemps que ce souhait tient du vœu pieux. Dès lors, plutôt qu’attendre ce qui n’arrivera sans doute jamais, mieux vaut accueillir chaque nouvel album de Blackmore’s Night comme un signe de vie supplémentaire de la part d'un musicien dont la carrière est désormais derrière lui. Que l’on apprécie ou non ce que le guitariste propose maintenant depuis 13 ans (!), reconnaissons qu’encore une fois, il a réussi, comme il avait su le faire avec Deep Purple et Rainbow, à créer une musique personnelle, bien qu’elle se nourrisse souvent d’emprunts à des pièces déjà existantes, qu’elles soient d’origine Renaissance ou plus moderne (les relectures de Renaissance justement ou Jethro Tull en sont notamment l'illustration). Avec celle qui est sa muse en même temps que sa femme, il a donc défini un style reconnaissable entre mille, entre rock et folk médiéval, le tout rehaussé de quelques touches progressives. Huitième offrande de cette joyeuse troupe de ménestrels que le couple dédie à leur fille née il y a peu, Autumn Sky porte donc la marque de fabrique du groupe avec sa collection de chansons parfois accrocheuses ou plus intimistes, alternance émaillée de courtes pistes instrumentales et acoustiques. S’ils ne seront pas dépaysés, les amateurs qui estiment - à raison - que depuis Ghost of A Rose (2003), les troubadours suivaient une courbe ascendante dont n'était certainement pas étranger le retour de plus en plus affirmé de la Stratocaster du maître, risquent d’être tout d’abord déçu par un menu certes toujours aussi bien fait mais vierge de ces moments de bravoure qui ont tant illuminé les disques précédents. 


Point cette fois-ci de morceaux épiques et flamboyants mais seulement une poignée de titres assez courts parfois presque pop, à l’image de la reprise, superbe ceci dit, du "Highland" du groupe, suédois One More Time. Le nombre de ballades (la cover des Kinks, "Celluloid heroes", "Believe In Me"...) pourra en outre rebuter ceux qui espèrent toujours que Ritchie se fende de ces riffs dont lui seul à le secret. Néanmoins, une fois passées ces premières écoutes vaguement décevantes, Autumn Sky finit par dévoiler ses trésors dont on se rend compte finalement qu’ils sont bien plus nombreux que ce qu’on croyait au départ. Perles aux couleurs médiévales ("Vagabond", "Song And Dance (pt II)", "All the Fun of the Fayre"…), mélopées diaphanes ("Health to the Company"), sombres respirations (le fabuleux "Darkness") forment une ronde séduisante et virevoltante. Plus que jamais soucieux de se fondre dans un tout plutôt que d’en mettre plein la vue et de proposer des compositions parfaitement équilibrés, Blackmore, avec l’aide de ses musiciens, accouche d’un ensemble magnifique où les mélodies et les harmonies vocales sont davantage mises en valeur que son jeu pourtant toujours aussi éblouissant ("Dance Of Darkness", qui plus est transpercé par un solo de basse étonnant, le final de "Keeper Of The Flame"  et surtout "Journeyman" qui lui offre une de ses meilleures performances électriques de ces dernières années). Autumn Sky n’est sans doute pas le meilleur album de Blackmore’s Night car peut-être pour la première fois le groupe a tendance à se répéter ("Strawberry Girl", par exemple, et ses airs de déjà entendu tenaces) mais il reste cependant tout à fait recommandable. (07.04.2011 | MW) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...