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Onségen Ensemble - Fear (2020)


Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas sans évoquer Magma. Pour toutes ces raisons, le collectif trouverait toute sa place sur l'affiche du Roadburn Festival (si ce n'est pas déjà fait) tandis que le label Svart Records lui ouvre naturellement grand les bras au sein d'un catalogue où le doom boisé côtoie le prog halluciné. Ceci étant, les mots manquent, paraissent fades, pour décrire une musique affranchie des codes et des frontières contre laquelle ils se fracassent, échouant à capter sa précieuse sève bouillonnant dans les profondeurs de sa crépusculaire intimité. Pénétrer leur art reste encore ce qu'il y a de mieux pour mesurer le talent couplé à une folie sourde de ces énigmatiques Finlandais. 


Succédant à Awalaï (2016) et à Duel (2018), Fear offre ainsi une merveilleuse porte pour entrer dans leur insaisissable univers. Insaisissable, oui et pourtant miraculeusement jamais vraiment hermétique. Au contraire, le matériau que pétrit Onésagen Ensemble possède une admirable fluidité qui confine à un incontestable envoûtement et lui évite de s'enliser dans une complexité aussi inutile qu'indigeste. De fait, l'auditeur, que n'effraie cependant pas ce genre de quête d'Absolu, ne peut qu'être impressionné par la manière dont le groupe réussit à additionner une large palette vocale à une foisonnante richesse instrumentale sans jamais s'égarer. La filiation avec Magma (pour les chœurs) et King Crimson pour cette liberté de ton mêlée à une dureté de traits est frappante sur l'inaugural 'Non-Returner' dont les atours orageux s'accouplent à des suppliques féminines échappées d'une autre dimension. L'enchaînement avec 'Stellar' est magnifique, piste encore une fois indescriptible et néanmoins magique, comme touchée par la Grâce. Car il y a quelque chose de l'ordre du Divin, du religieux, dans cette lave qui charrie à la fois claviers hantés, riffs ferrugineux, rythmique hypnotique, saxophone déglingué et vocalises agressives, le tout en suivant une progression orgasmique vers des cieux inaccessibles. Malgré leur épais bourgeonnement, toutes les compos demeurent mélodiques, bien qu'elles aiment se déployer dans une étrange obscurité ('Lament Of Man'), véritables puits émotionnels dont les émanations mystérieuses ferrent le pèlerin bien vite emporté dans ce tourbillon sensitif, à l'image de ce 'Earthless' dont les premières mesures semblent s'extraire de In the Court Of The Crimson King. Forcément, Fear se doit d'être absorbé dans sa globalité tant il est évident que chaque titre forme le jalon successif d'une quête mystique dont l'apothéose est incarnée par le morceau-titre émaillé en fin de parcours par une chorale féminine qui touche au sublime, et par 'Satyagrahi,' conclusion aussi déchirante que lancinante où un chant masculin noyé sous les effets perce la brume peuplée de guitares tordues et de notes de saxo lacrymales. Il faut donc découvrir au plus vite cet ensemble finlandais aussi rare que précieux dont la partition sonne comme une invite pour un voyage autant artistique que spirituel. (11.11.2020 | MW)⍖⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...