Accéder au contenu principal

The Flight Of Sleipnir - Algiz + Berkanan (2009)


Le fait que The Flight Of Sleipnir ait rejoint l'écurie No Colours Records, où il est aussi à l'aise que Guy Carlier dans une Fiat 500 ne doit pas, surtout pas vous faire passer à côté de cette gemme qui ne noue aucun lien avec le black metal qui a d'habitude les faveurs du label allemand. Non ce groupe américain sorti de terre il y a seulement un an sculpte dans la roche du Mont Rushmore un doom massif se nourrissant d'effluves progressives et psychédéliques sur fond de thématique celtiques et runiques. Qu'ils aient repris le "Echoes" de Pink Floyd sur la démo Wisdom Calls For Sacrifice ne surprend donc pas. Premier opus au titre curieux, Algiz + Berkanan déroule une architecture qui l'est tout autant. 42 minutes dont presque la moitié est consacrée à la longue épopée "Algiz" qui justifie à elle seul son acquisition. Après des arpèges dépouillés soulignés par des nappes de claviers fantomatiques, le titre décolle, fort d'un rempart rythmique sévère. Le chant oscille entre caverne et choeurs valeureux. Puis, des paysages grandioses défilent, on pense alors au Bathory viking et conquérant. La guitare s'élève par la suite entre volutes psychés et prog antédiluvien. La première partie du morceau s'achève, une seconde commence, hypnotique où la batterie et synthétiseurs tricotent des aplats cosmiques. Les arpèges reviennent, annonçant un final superbe et grandiose. 


Suivent alors quatre compositions plus ramassées. "Birchfire" à l'atmosphère dramatique et toujours porté par ses choeurs vikings. Les dernières mesures sont enflammées par un passage instrumental d'une beauté à couper le souffle. "Four Winters", quant à lui, combine vocalises des abysses et structures hard rock préhistorique pour un résultat étrange mais fascinant. Magnifique, "Berkanan" est une piste instrumentale qui semble s'être tout droit échappée des années 70. 100 % floydien donc. Enfin, "Entombed In Earth" conclut l'album de la plus belle des manières avec sa guitare à la fois aérienne et épaisse comme la semence masculine après deux jours d'abstinence, malgré une fin ultra pesante marquée par un durcissement du trait. Quasiment venu de nulle part, The Flight Of Sleipnir s'impose dès son galop d'essai car son doom est singulier dressant un pont entre musique pachydermique, prog et dimension épique qui sent bon les sapins et les forêts éternelles. Original pour le moins même si l'on sent que le potentiel du duo est sans doute encore à peine déflorer. Peut-être un futur géant du genre... (2010) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...