Accéder au contenu principal

Motörhead - Orgasmatron (1986)


Après une carrière débutée en 1975 au succès ascendant, la première moitié des années 80 est en revanche pour Motörhead synonyme d’instabilité, non pas artistique, le groupe n’ayant jamais vraiment été surpris en flagrant délit d’évolution (ce dont personne ne se plaint de toute façon) mais personnelle et contractuelle. L’implosion en 1982 du line-up historique (ou presque) qui s’articulait autour de la triplette Lemmy/Fast Eddie Clarke/Phil "Animal" Taylor, l’éphémère incarnation avec Brian Robertson (ex Thin Lizzy) à la six-cordes, laquelle n’aura au final accouché que de l’unique et mal-aimé Another Perfect Day, puis le procès avec la maison de disque Bronze Records, jalonnent cette période morcelée entre (peu) d’albums studio (Iron Fist…), compilation (No Remorse), live (le méconnu What’s Words Worth ?) et EP (Stand By Your Man avec Wendy O’ Williams des Plasmatics !). Septième rondelle officielle des Anglais, Orgasmatron nait dans, et de, ce contexte. S’il ne rompt bien entendu pas avec les standards fixés par ses prédécesseurs, il est toutefois le théâtre d’une double évolution. D’une part, il ouvre pour Motörhead un chapitre courant jusqu’en 1995 et l'album Sacrifice, durant lequel de trio, celui-ci devient quatuor avec l’embauche d’un second guitariste. Après le départ de Robertson, ce sont donc l’indéboulonnable – presque trente ans plus tard, il est toujours là - Phil Campbell et Michael "Würzel" Burtson qui sont recrutés cependant que l’ex Saxon, Pete Gill prend la place du légendaire Phil Taylor (qui jouera de nouveau sur Rock'n'Roll en 1987) derrière les fûts. 


D’autre part, le temps de deux titres d’anthologie, le groupe s’essaye au mid-tempo, lui qui a bâti sa réputation sur des crachats sales, courts et à l’énergie quasi-punk. "Deaf Forever" et le morceau éponyme encadrent ainsi l’écoute avec leur durée presque anormale (pour ses géniteurs, s’entend) et leur lourd modelé, le second voyant la voix si particulière de Lemmy se faire encore plus rugueuse, presque méchante même, qu’elle n’est d’habitude. Entre ces deux sentinelles, devenues depuis des classiques du répertoire de la 'Tête de moteur', c’est le Motörhead classique qui libère une mécanique nerveuse et rapide tels que les "Nothing Up My Sleeve", "Claw" ou bien encore "Mean Machine". Pour autant, son effrayante – mais magnifique – pochette, réalisée par le fidèle et talentueux Joe Petagno, dont le travail correspond en réalité au titre "Ridin’ With The Driver" qui aurait dû donner son nom à l’album, ne reflète pas vraiment – quoiqu’on ne saurait trouver meilleur symbole de la musique des Anglais que cette locomotive infernale lancée à pleine vitesse - un contenu dont l’accroche mélodique l’entraîne dans le sillage de Another Perfect Day, témoin par exemple ce "Doctor Rock" au refrain immédiat et à la ligne très Rock justement. Renouant avec le succès, Orgasmatron, qui reste certainement une des pierres angulaires de sa pantagruélique discographie, ne permettra pas à tout à fait à Motörhead de repartir sur une base solide, les cinq années suivantes ne le voyant publier qu'un seul disque, Rock'n'Roll au succès moindre. Le groupe devra donc attendre le début des années 90 et l'opus 1916 pour peu à peu retrouver un rythme de croisière et une inspiration qui ne faiblira plus par la suite... (22.12.2011 | MW) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...