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Iron Flesh - Summoning The Putrid (2020)


Iron Flesh est un groupe qui ne chôme pas vraiment. Pas une année que Satan fait sans que le combo bordelais ne vienne ramoner nos orifices avec une nouvelle férule, rythme effréné qui autrefois était la norme mais qui surprend désormais. On ne s'en plaindra pas. Pourquoi ? Parce que Iron Flesh est, rappelons-le, porté par le chanteur et guitariste Julien Helwin qui a longtemps traîné sa carcasse dans le black metal (Otargos, Seth...) et maintenant reconverti dans le death, musicien habile s'il en est. Ses compères, au pedigree tout aussi respectable, assurent quant à eux une ossature hyper solide. Parce que Forged Faith Bleeding, le premier véritable méfait du quatuor a taillé de profonds stigmates dans notre chair. Parce que, corollaire de ces deux qualités, le nom du groupe est couturé sur de nombreuses lèvres avides d'un metal de la mort mélodique et morbide tout ensemble. Un an et des brouettes après l'opus séminal, Summoning The Putrid vient cogner à notre porte. Son artwork, franchement réussi, que signe Skaðvaldur, étale d'emblée la couleur, celle, putride (ça tombe bien) de bobines de série B ou Z avec beaucoup de zombies dedans. Et autant l'avouer de suite, nonobstant leurs incontestables attributs, ses devanciers, petits ou grands, ne nous avaient pas préparé à une telle claque dans la gueule. On savait Iron Flesh taulier d'un death metal robuste, cette deuxième hostie nous le montre sous un jour plus massif et puissant encore. Plus inspiré surtout alors même que Forged Faith Bleeding avait déjà pourtant placé la barre à bonne hauteur. Mais là, d'un coup, les Français ont évidemment franchi une étape, atteint l'étage du dessus.  


La précipitation avec laquelle ce disque a été enfanté aurait pu être de mauvaise augure. Il n'en donc rien. Mieux, Julien et sa bande on trouvé le juste milieu, l'équilibre parfait entre accroche acérée et forage caverneux. La prise de son est à l'avenant,  limpide mais suffisamment caillouteuse. 'Servants Of Oblivion' et ''Relinquished Flesh' amorcent pourtant l'écoute en mode brutal, cousu dans un death dont la vélocité se conjugue néanmoins à une ambiance macabre. Mais avec 'Demonic Enn', aussi terrifiant qu'abyssal, Iron Flesh fait plus qu'enjamber le Rubicon, il s'enfonce dans la glaise d'un death doom grumeleux que els guitares accordées plus bas que terre, engluent dans une nappe de mazout. Et que dire de 'Death And The Reaper's Scythe' lequel, du haut de ses huit minutes au jus, fait plus que tutoyer le doom, fresque pétrifiée que drape un suaire funèbre. Le terminal 'Convicted Faith' alimente aussi cette fente agonisante dans laquelle nous sommes tellement heureux de voir le groupe se glisser et dont la voix de Julien est l'idéal vigie. En contrepoids, 'Purtiy Through Blasphemy', très death de Göteborg ou 'Incursion Of Evil' témoignent d'une appétence des Bordelais toujours de mise pour les meurtrissures mélodiques et cependant evil, tandis que 'Cursed Beyond Death' fusionne les deux visages que Iron Flesh affiche, bétonnant du lourd sans pour autant rogner en efficacité saignante. Selon la formule consacrée, Summoning The Putrid fait plus que transformer l'essai après le pourtant prometteur Forged Faith Bleeding. Peut-être parce qu'il serre davantage le frein à main, écartant les lèvres d'un monde souterrain qui sied parfaitement à un groupe plus que jamais en pleine possession de ses moyens.  Il est un des meilleurs albums de death d'origine française de 2020. (08.01.2021 | LHN) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...