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Georges Lautner - Les tontons flingueurs (1963)


Au royaume du camembert, les véritables perles cultes demeurent aussi rares qu'inestimables. Les tontons flingueurs, chef-d'œuvre de Georges Lautner, fait partie avec quelques autres de ces bobines cultes à la française. Tout est culte en effet dans ce film, à l'image du trio infernal qui en est responsable : un Georges Lautner en pleine possession de ses moyens à la réalisation, Albert Simonin au scénario, d'après son propre roman, Grisbi or not grisbi (le titre est déjà tout un programme) et bien sûr Michel Audiard pour les dialogues brillants qui portent l'argot au niveau du grand art. Ces saillies qui ont rendu le film célèbre fusent de toute part, aussi vite que les balles d'un révolver. Les répliques savoureuses, presque toutes passées à la postérité s'avèrent aussi efficaces que les coups de poing assenés par les héros. Les héros, justement, sont campés par de formidables comédiens dont l'association est devenue culte, elle aussi. Nous avons affaire ici à une poignée d'acteurs en état de grâce et dont la bonne entente se révèle communicative. Tous sont géniaux au point que les rôles semblent avoir été écrits pour chacun d'entre eux, de Lino Ventura en homme fort, ex truand reconverti dans la vente de tracteurs, à Francis Blanche, irrésistible en notaire de la pègre, apparemment calme et maître de lui mais qui peut furieusement se lâcher, le visage alors parcouru de tics nerveux, à la vue du fric et sous l'effet d'étranges substances alcoolisées ("Touche pas au grisbi, salope !"). Sans oublier Bernard Blier et Jean Lefebvre (les deux Volfoni), Venantino Venantini (le tueur qui vit encore chez sa maman), Robert Dalban, Claude Rich et même un Paul Meurisse qui passe par là. 

Ils sont complètement fous et déchainés, à l'image de certaines scènes cultes, encore une fois, comme la séquence, fameuse, durant la party organisée par Patricia, qui voit Ventura, Blanche, Blier, Lefebvre et Dalban se prendre une monumentale cuite dans la cuisine ave un alcool bizarre au goût de pomme (mais pas que), autour du pognon et en se remémorant le bon vieux temps. Comme aussi la fusillade dans la propriété du défunt Mexicain avec des pétards au bruit de bouchons qui sautent. Brillante parodie des films noirs à la française, menée à un rythme d'enfer en dépit d'un début un peu lent, c'est tout un milieu que Les tontons flingueurs fait revivre, un monde interlope et pittoresque, peuplé d'escrocs, de fines gâchettes, de mère maquerelle, d'Allemand genre Aryen bon teint et portant tous des noms pleins de poésie (Jo le trembleur...). C'est aussi toute une époque, celle du grand et bon cinéma français, sans prétention, incarné par des acteurs talentueux et sympathiques ne se prenant pas au sérieux et où les troisièmes couteaux sont aussi importants que les premiers rôles. Sorti en pleine Nouvelle vague, Les tontons flingueurs rencontre un franc succès, renvoyant les pseudos auteurs Godard et consorts, à leurs chères études. Toute l'équipe se reformera en 1964 avec Les barbouzes, parodie cette fois-ci des films d'espionnage. (01.01.2022) ⍖⍖⍖⍖


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