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Sorcier Des Glaces / Ende - Le puits des morts (2016)


Il y a des alliances qui sont plus attendues que d'autres et  promises à devenir cultes. Le puits des morts est de celles-ci, union d'une froideur charnelle entre Sorcier Des Glaces et Ende, entre le seigneur incontestable de l'art noir québécois et l'une des créatures de la nuit les plus puissamment inspirées de la crypte hexagonale. Editée en CD par Obscure Abhorrence et en cassette par Dread Records, cette offrande, osons l'affirmer tout de suite, se montre à la hauteur de l'attente que cette collaboration aussi précieuse que naturelle entre deux entités connectées l'une à l'autre par une même allégeance aux ténèbres hivernales, a suscitée dès qu'elle a été officialisée. Mieux, elle ne fait que confirmer de la plus sinistre des manières tout le bien qu'on pense depuis longtemps des deux protagonistes. La semence glaciale du Canadien remplit la première moitié du menu à laquelle répond ensuite en un reflet nocturne le fruit obscur du français. Chacun se fend de quatre plaintes en une symétrie parfaite. Dans la lignée de son récent North, SDG s'enfonce dans une nuit lugubre, fidèle à  cette écriture déliée qui étend un tapis neigeux frissonnant. Toujours aussi norvégien dans l'âme, il réussit mieux que beaucoup d'autres à capter cette atmosphère glaciale de forêt figée par l'hiver et peuplée de silhouettes inquiétante, cette ambiance de nuit éternelle et opaque qui n'exonère jamais son black metal d'une tranchante noirceur. Visité par les vocalises écorchées de Monarque qui en d'ailleurs composé les paroles, Le puits des morts ne souffre ainsi d'aucun déficit en intensité morbide, pulsation bouillonnante dont le tempo soutenu galope à travers une immensité immaculée que viennent lécher des filets de brume. 


Comme l'illustre l'épique Glaciale solitude ... Dans la pénombre hivernale, quelques notes suffisent au maître des lieux pour évoquer tout un monde crépusculaire. En n'ayant recours à la langue de Molière, il renoue en outre à une forme de poésie sépulcrale qui sied admirablement à son art prisonnier d'une gangue de glace. Plus impérial que jamais, Sorcier Des Glaces affiche ici ses traits les plus agressifs qui font plus qu'affleurer à la surface de ces longues pièces que secouent de puissants tumultes (Dans l'immensité blanche de la plaine) cependant que L'ombre squelettique du temps sonne comme une apothéose funeste, orgasme gonflée de mélodies froides comme un blizzard venu des entrailles d'une forêt éternelle. De son côté, Ende enfante trois complaintes parmi les plus sombrement belles qu'il ait jamais composées. Long de plus de neuf minutes, Notre falaise baigne dans un suaire lancinant, d'une langueur presque immobile que tissent guitares polluées et nappes synthétiques échappées d'une geôle de givre avant de voir son rythme s'emballer lors de dernières mesures grandioses. Introduit par des arpèges osseux, Sacrifice se veut plus ramassé, plus haineux, écartelé par  des fissures qui libèrent un souffle mortuaire. La lente accélération qui l'entraîne peu à peu vers la mort lui confère une beauté aussi définitive que cataclysmique. Après la reprise impeccable du Call From The Grave de Bathory (est-il besoin de le rappeler ?), Fehér Isten conclut l'écoute sur une note fantomatique, instrumental ambient d'inspiration médiévale ourlé d'une absolue désolation. Culte, on vous dit. (20.11.2016 | LHN) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...