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Madder Mortem - Red Tooth And Claw (2016)


Disparu des écrans-radars depuis Eight Ways (2009) qui creusait encore davantage le sillon tordu entamé par le matriciel Deadlands (2002) et poursuivit par "Desiderata" trois ans plus tard, Madder Mortem tardait depuis à adresser un signal de vie (?) au point de croire qu'il avait été avalé par les limbes, ce qui n'aurait sans doute pas chagriné grand monde, son art de plus en plus hermétique le privant du succès commercial qu'il mérite pourtant. Tout d'abord arrimé au doom dont ils façonnaient sur l'originel "Mercury" une forme atmosphérique quoique déjà singulière, les Norvégiens n'ont eu de cesse ensuite de larguer les amarres pour voguer sur des eaux moins tranquilles voire franchement indéfinissables. Opus résurrectionnel que nous n'attendions donc plus vraiment, Red In Tooth And Claw rassure déjà sur un point : le groupe ne va toujours pas mieux. Ce qui est une bonne nouvelle ! Cette longue période de diète ainsi que le nombre d'années au compteur - presque vingt désormais -  ne l'ont pas fait sombrer dans un conformisme qui lui serait de toute façon fatal. Mieux, même le fidèle masochiste de sa signature déglinguée risque bien de s'égarer dans les méandres tentaculaires de ce labyrinthe désincarné, vierge de toute trace de chaleur. Ceci dit, dès l'amorce 'Blood On The Sand', la patte aussi épaisse que glaciale de Madder Mortem se reconnaît immédiatement, grâce autant à ce rempart de guitares qu'à cette voix puissamment baroque, celle de Agnete M. Kirkevaag, pinceau maladif capable à la fois d'envoûter et de faire fuir ceux qu'effraie la dissonance. Au contraire, loin d'être une balise rassurante à laquelle on aimerait se raccrocher au milieu de cette tempête d'accords biscornus et d'ambiances rongées par la folie, cet organe est le phare empoisonné guidant les navires pour qu'ils s'échouent contre les rochers. 


Toutefois, masse aussi compacte que viciée, Red Tooth And Claw ne se livre pas au bout de la première écoute, loin s'en faut, comme si un mur inviolable empêchait de goûter à son intimité noire. Ses auteurs semblent même prendre un plaisir sournois à brouiller les pistes et à ne surtout pas brosser l'auditeur hagard dans le sens du poil, accouchant de compositions tortueuses dont on se demande où elles vont, constamment polluées par une instrumentation schizophrénique, à la croisée d'un progressif ferrugineux à côté duquel King Crimson ressemble à Tom Jones, d'un dark metal étouffant ('Stones For Eyes') et d'un jazz vicieux ('Returning To The End Of The World'). Et quand les Norvégiens donnent l'impression de vouloir se faire plus accessibles, presque aériens, c'est pour mieux brutalement briser cette trompeuse normalité à grands coups de vocalises hystériques et de riffs reptiliens, comme ils le font avec 'Pitfalls'. Grondant d'une force souterraine ('If I Could'), ce sixième album suinte à l'instar de ses devanciers cette beauté pétrifiée identique, nichée dans les coins obscurs de ces retables aux multiples pans, à l'image des 'Parasites', 'Fallow Season' et autre 'Underdogs' aussi torrentiels que sinueux mais vibrant d'une émotion désespérée. Et au final, le constat est toujours le même : fidèle à cette froide personnalité qui n'appartient définitivement qu'à lui, Madder Mortem enfante une œuvre austère et exigeante qui se mérite et que seuls les habitués de son doom avant-gardiste sauront apprécier à sa juste valeur, immense et précieuse. (25.11.2016 | MW) ⍖⍖⍖


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