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Ende - Liturgies fun​é​raires, c​é​r​é​monie pour une congr​é​gation mourante (2022)


A quelques notables exceptions près, réduites bien souvent aux ténors du genre (et encore !), le black metal n'est pas le genre qui se prête le mieux à la scène. Question d'ambiances certainement. Plus que tout autre courant musical, celui-ci repose avant toute chose sur les atmosphères, sinistres et glaciales, torturées ou mortifères, lesquelles tendent généralement en live à se dissoudre dans une agressivité brouillonne. Et que dire de tous ces modestes groupuscules coincés dans les artères d'une salle microscopique, le corpsepaint qui dégouline, haranguant un public serré comme dans une rame de métro de la ligne 13 et dégueulant un set bordélique ? Cela fait partie du charme, affirmeront certains. Il est vrai que les petits concerts donnés pour quelques euros au Klub (les blackeux parisiens savent de quoi on parle) n'en manquent pas toujours. C'est d'ailleurs dans la touffeur infernale de cette salle culte que nous eu l'occasion d'admirer Ende en vrai. C'était en 2016, entre Neptrecus et Malcuidant, la tête d'affiche de la soirée. Le groupe nous avait impressionné par sa performance, brutale mais fidèle à la consistance macabre de son art. Raison pour laquelle la qualité de Liturgies funéraires, cérémonies pour une congrégation mourante ne faisait aucun doute et ce, d'autant plus que I Lucifera, le maître des lieux, est un musicien trop exigeant pour se satisfaire d'un enregistrement médiocre. 


Capturé deux ans après ce concert parisien dans le cadre du Motocultor, ce live restitue avec une âpre justesse la sève morbide que le groupe crache avec largesse dans ces conditions scéniques qui ne sont pourtant pas toujours favorables, épandant ce suaire hivernal et ténébreux dont se pare son black metal dont l'orthodoxie se conjugue à une fièvre bouillonnante de haine. Fruit de l'alliance antre Asgard Hass Productions, Cold Dark Matter Records et Enter The Voice Records, cette cérémonie puise dans les cinq premières offrandes de ses auteurs (la démo The God's Reject comprise) neuf psaumes parmi les plus malsains et féroces du riche répertoire des Français. Passée l'intro de rigueur ('Prélude cérémoniel') qui installe un sinistre linceul, la messe (forcément) noire laboure ensuite sans interruption les âmes et les chairs, restituant l'essence funèbre d'un art séculaire, enraciné dans le froid substrat d'un Moyen Âge léché par le bûcher de l'Apocalypse. La prise de son évite la bouillie dégueulasse mais conserve la sale texture d'une glaise consacrée par les forces obscures. 'Black Sorcery Of The Great Macabre', 'Camerula' et plus encore 'Whisper Of A Dying Earth' résonnent d'une force sacrificielle  comme échappée d'une crypte impie, morsures desquelles suinte toutefois cette mélancolie glaciale qui infuse dans les entrailles de ces processions dont la dureté tranchante les prête idéalement à ce genre de célébration funéraire. Si la finesse dont Ende est capable en studio se voit sacrifiée sur l'autel de ténèbres orageuses, ce live fait honneur à ce black metal de notre sombre terroir dont il  livre une précieuse émanation rituelle. (26.07.2022 | LHN) ⍖⍖⍖

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