Accéder au contenu principal

Gilles Grangier - La vierge du Rhin (1953)


Il est courant de lire que la carrière de Jean Gabin fut relancée par le triomphe de Touchez pas au grisbi en 1954. L'acteur lui-même semble ne retenir de cette époque qui court de la fin de la guerre au milieu des années 50 que Au-delà des grilles (1949). On aurait pourtant tort d'oublier cette période plus intéressante qu'il n'y parait et dont le succès commercial n'a pas toujours été éconduit. Si, de la seconde moitié des années 40, on ne peut en effet guère se souvenir que de Martin Roumagnac (1946) et du film de René Clément, la décennie suivante commence pour Gabin avec La Marie du port (1950) de Marcel Carné que suivront les excellents La nuit est mon royaume (1951) et Leur dernière nuit (1953) de Georges Lacombe, sans oublier La vérité sur Bébé Donge de Henri Decoin et La minute de vérité de Jean Delannoy, tous les deux réalisés en 1952. Nombreux sont les comédiens qui se satisferaient d'une telle partie de carrière soi disant mineure. Et que dire de La vierge du Rhin, qui précède le classique de Jacques Becker, solide série noire et succès populaire. A l'image de l'oeuvre de Pierre Nord dont Jacques Sigurd (Dédée d'Anvers) adapte le roman, le film est totalement oublié aujourd'hui alors qu'il s'élève largement au-dessus de certains Gabin plus visibles. Surtout, il marque le début de la fructueuse collaboration entre la star et Gilles Grangier qui sera, avec Henri Verneuil, son metteur en scène de prédilection. Douze films naîtront de cette association dont Gas-oil (1955), Le rouge est mis (1957) ou bien encore Maigret voit rouge (1963). Parasité, dans sa première moitié, par une voix off qui ne s'imposait pas, l'intrigue de La vierge du Rhin gagne peu à peu en intérêt, plantée dans un décor sinistre aujourd'hui disparu, celui des péniches qui sillonnaient les fleuves, des ports enveloppés par la grisaille et écrasés par des monstres de ferraille. On se croirait chez Simenon, écrivain dont Gabin a souvent interprété les personnages. A ses côtés, on croise un séduisant casting féminin qu'incarnent Nadia Gray, Elina Labourdette, parfaite en (fausse) veuve vénale et, pour la dernière fois (elle mourra l'année suivante à l'âge de 35 ans), Andrée Clément, en secrétaire fidèle. Olivier Hussenot en capitaine de péniche et Albert Dinan en commissaire, promènent quant à eux leurs figures familières. Il ne manque finalement à La vierge du Rhin (et dans la bouche de Jean Gabin), que les dialogues de Michel Audiard pour en faire un film plus vivant, moins austère peut-être. Nul doute que dans ce cas-là, il serait moins oublié aujourd'hui... (vu le 21.10.2020) ⍖⍖⍖




Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Brian De Palma - Blow Out (1981)

Brian De Palma s’est imposé dans les années 70 grâce à une série de films très personnels, thriller ( Obsession ) ou fantastique ( Carrie , Phantom Of The Paradise ), dont l’affolante virtuosité technique a fait de lui l’un des cinéastes les plus doués de sa génération. Après le succès de Pulsions , il souhaite à l’aube des années 80 s’extraire du cinéma de genres et se frotter à des projets plus ambitieux. L’adaptation du roman de Robert Daley, Le prince de New York , devait lui en fournir l’occasion mais il est finalement renvoyé de la production, remplacé par Sidney Lumet. A la place, il réalise Blow Out dont il est l’auteur du scénario. De prime abord, celui-ci semble s’inscrire dans la continuité de ses films précédents, particulièrement du fait de cette influence hitchockienne toujours de mise et dont il ne se départira vraiment qu’après Body Double (1984). Le héros qui sauve une femme de la noyade, la cloche de la liberté, cette variation autour du cri ou cette course-poursuit...

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...