Accéder au contenu principal

Ashra - Dream & Desire (1991)


Dream & Desire ouvre pour Manuel Göttsching une phase pendant laquelle il devient archéologue de sa propre carrière, exhumant après une exploration de son grenier visiblement bien rempli, maints enregistrements restés jusque-là inédits : Tropical Heat (capturé en 1985), Le berceau de cristal (1975) ou bien encore Early Water (1976), gravées entre New Age Of Earth (1976) et Blackouts (1977). Dream & Desire correspond de fait à la période – les années 70 - la plus féconde du guitariste allemand, celle qui s’impose comme le témoin de l’explosion de son immense talent et de son foisonnement créatif. Ces bandes ont été à l’origine enfantées pour la radio entre les mois de mai et juin 1977 au studio Roma à Berlin et ne quitteront donc leur caveau qu’en 1991. Vu la qualité de ces trois compositions (pour une heure de musique quand même !), écrites, produites et interprétées par un Manuel solitaire, il eut été dommage qu’elles ne soient pas tirées de leur gangue de poussière où elles sommeillaient depuis lors. Proche parfois des travaux contemporains de Mike Oldfield, cet album est une parfaite illustration du style de son auteur, ce mélange atmosphérique entre des caresses de guitares et des nappes de synthétiseurs hypnotiques.


Emporté par le souffle du vent, "Dream" est une entame magnifique, longue de plus de trente minutes. Ce titre est comme une brise, légère, cristalline qui offre à Göttsching la possibilité de tricoter ses lignes stratosphériques dont il a le secret. Malgré sa longueur excessive, "Dream" réussit la gageure de ne jamais être ennuyeux. Il y a une telle beauté envoûtante, presque irréelle, dans cette déambulation poétique et aérienne, invitation contemplative au voyage, aux rêveries, que l’on ne peut que se sentir transporté avec elle. Immense ! "Desire" est le second mouvement de cette symphonie moderne. Cette complainte, irriguée par des effluves de sons électroniques, est basée sur la répétition lancinante de quelques accords autour desquels se greffent des rythmes synthétiques qui se frayent un chemin dans cette masse évanescente au point de dessiner une véritable transe nébuleuse, sorte de brouillon, d’esquisse du démentiel E2-E4 (1984). Enfin, "Despair" est une lente progression, tout d’abord uniquement pilotée par les claviers avant que ceux-ci ne fusionnent avec la guitare virtuose du maître en un orgasme sonore infini. Un grand merci donc à Manuel Göttsching via le label Spalax, pour avoir offert une seconde vie à ces trois majestueuses compositions. (2009 | MW) ⍖⍖⍖
                                  


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...