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Klaus Schulze - Irrlicht (1972)


C'est à la fin des années 60 que Klaus Schulze débute sa carrière. Jeunesse oblige, l'homme se cherche alors encore, multipliant les expériences et les instruments, la guitare tout d'abord puis la batterie, qu'il pratique pour l'oublié Psy Free et surtout chez Tangerine Dream avec lequel il enregistre l'aride Electronic Meditation, dont le titre sonne tel une profession de foi, puis pour Ash Ra Tempel, deux groupes qu'il quitte très vite car il prend conscience que son imagination démentielle ne peut être bridée, corsetée par une formation aussi proche soit-elle de ses visions sonores. Par l'immense solitude qui les imprègne, ces premières œuvres en solo sont la conséquence directe de ces collaborations avortées, quand bien même il multipliera par la suite les travaux avec son ami Manuel Göttsching, que ce soit avec Ash Ra Tempel, avec les Cosmic Jokers ou en solo (In Blue en 1995). Cette époque est en outre marquée par la production des premiers synthétiseurs auquel l'Allemand commence sérieusement à s'intéresser. Etonnamment, Irrlicht, le galop d'essai encore imprégné d'un psychédélisme ‘floydien’ qu'il capture à Berlin en avril 1972, n'accueille aucun synthétiseur, ce qui ne s'entend pas tant que cela. En réalité, Klaus Schulze a recourt à un orgue électrique et à l'enregistrement de répétions d'un orchestre classique, le Colloquium Musica Orchestra, ce qui lui a fait dire plus tard qu'Irrlicht, sous-titré "Quadrophonische Symphonie für Orchester und E-Maschine", noue plus de lien avec la musique concrète qu'avec la musique électronique qu'il contribuera à façonner. 


Ce matériel rudimentaire, presque spartiate, associé à la solitude du musicien, déterminent une création extrêmement froide et hermétique qui reste sans doute la moins accessible de la pléthorique production de son auteur. Elle se scinde en trois mouvements dont seul le second, manière de trait d'union, ne franchit pas la barre des 20 minutes. Les bandes retravaillées, bricolées, de l'orchestre dominent tout d'abord "Ebene" à la première partie oppressante. Ce n'est que peu à peu que l'orgue commence à s'élever de ce magma glacial et lugubre. A mi-chemin, celui-ci se pare d'oripeaux liturgiques qui lui confère une dimension hypnotique, vibrations obsédantes qui se répandent tel des signaux venus du fin fond de l'espace, thème qui par ailleurs fascine le musicien, comme le démontre le visuel. Une fois passé l'étrange "Gewitter", Irrlicht meurt avec le minimaliste "Exil Sils Maria", dérive d'une inquiétante opacité dont on a l'impression qu'elle a été enregistré dans un trou noir. Klaus Schulze y délie une trame néanmoins souvent envoûtante qui répond lors de ses dernières mesures à "Ebene", offrant ainsi à l'album une lecture cyclique. Avec son successeur, le monumental Cyborg, ce premier album forme un diptyque qui, s'il porte déjà en lui les germes du génie visionnaire du teuton, se révèle toutefois peu révélateur de l'évolution future et d'une identité qui commencera véritablement à se fixer à partir de Picture Music et de cette fabuleuse série d'opus que demeurent Timewind, Moondawn, Mirage et X. Pour faire bonne mesure, signalons que la réédition de cette offrande, réalisée en 2006, la voit s'enrichir d'une piste de 24 minutes, "Dungeon", à la datation incertaine mais dont la plastique ambient s'accorde bien avec ce qui le précède. (03.07.2012 | MW) ⍖⍖⍖

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